Las Vegas est-elle la prochaine Silicon Valley?

Las Vegas est-elle la prochaine Silicon Valley?

Depuis peu,  une drôle d’effervescence agite Las Vegas. Cette fois, ce n’est pas la fièvre du jeu, ni encore celle des nuits folles, mais bien celle des start-ups. En effet, un projet fou est en train de voir le jour dans le vieux « Dowtown » de Las Vegas. Nom de code : Dowtown Project.

 

L’idée est portée par Tony Hshieh, un entrepreneur ayant déjà rencontré plusieurs succès. En 1999, il revend à Microsoft sa plateforme de publicité en ligne, Link Exanche pour 300 millions de dollars. En 2008, il cède Zappos.com, site e-commerce leader aux Etats-Unis. Pour donner une nouvelle jeunesse à Las Vegas, le projet s’articule autour d’un centre-ville digne de ce nom, de façon à créer une « vraie ville » et non seulement une destination touristique. Celle-ci comprend déjà plusieurs co-working spaces, des hébergements pour startupers, et même un système de vélo on demand un peu à la Velib, pour les trajets bureau – domicile.

Mais comment crée-t-on une ville de toute pièce? En insufflant de l’argent. Beaucoup d’argent. Pour cela Tony H. et ses associés, vont injecter pas moins de 350 millions de dollars.

Bienvenu dans Sim City

Certains dirons que le projet est fou (il l’est), ou que les créateurs se croient dans Sim City, où le but est de gérer une ville…  la réalité est que les gens qui y participent sont en train de réaliser quelque chose d’inédit et prometteur.

Plusieurs entrepreneurs et équipes de startups ont fait le grand saut et décidé de s’installer à Vegas. Ils constituent une communauté soudée, très proche, tout le monde se connaît, on dirait un petit village français. Tous semblent autant passionnés par ce sur quoi ils travaillent au quotidien, que sur la construction du « Downtonw Project ». Un des slogans repris pour décrire l’aventure est « City as an Incubator ».

Comme un ROC

Le Downtow Project fait le pari du « ROC » (Return On Community). Les investissements sont donc faits non pas seulement dans une optique de Retour sur Investissement, mais également en vue des retombées pour la communauté. D’ailleurs, l’effort pour créer des commerces de proximité montre à quel point Tony H. porte un intérêt à recréer environnement citadin vivant. Zappos va donner l’exemple en prenant possession de l’ancien Hôtel de Ville en plein centre, pour héberger son siège  et ses quelques 2000 employés qui aujourd’hui sont à l’extérieur de Vegas. Nul doute que ces 2000 employés auront besoin de restaurants pour leur déjeuner, de pressing, de coiffeur, de superettes etc… (ou plus vraisemblablement des cafés avec Wifi, des salles de gym et des magasins de nourriture pour animaux domestiques).

Le Vegas Tech Fund est l’entité qui gère les 50 millions d’investissement dans les startups technologiques. Si nombreuses sont les startups qui profitent de ce fond, certaines viennent s’installer sans même être financée. Il faut dire que Vegas a de quoi attirer, outre sa fiscalité avantageuse, Vegas c’est aussi un coût de la vie qui est 30 à 40% moins élevé que San Francisco. C’est aussi une des plus grandes places pour le tourisme et le divertissement en tout genre. Toutes startups qui gravitent autour de ces industries auraient intérêt à s’y intéresser de prêt. Et pour finir Vegas c’est également 300 jours de soleil par an…. Et le soleil on le sait est vecteur de bon humeur !

Un exemple parmi d’autres, l’équipe Romotive a pris ses quartiers à Vegas Downtown. Elle construit les premiers robots domestiques abordables pour tous. Pour tester leurs produits, ils se baladent autour de leurs bureaux et dans les cafés environnant en proposant aux badauds de tester leurs produits. Autre exemple, cette même équipe organise tous les mercredis un repas, dans leur appartement commun ; afin de réunir tout le monde et échanger. Cependant, après un deuxième tour de financement l’entreprise à décider de se relocaliser dans la Silicon Valley (la vraie) afin d’attirer des talents experts en robotiques. Tout de même l’entreprise ayant passé deux ans à Vegas a pu se construire, passer de 3 à 20 collaborateurs, créer son premier prototype et expédier ses premières commandes… Et Romotive n’est pas la seule, plusieurs entreprises ont déjà fait le grand saut, certaines connues comme Skillshare, d’autres naissantes (Rolltech, technologies pour les  pistes de bowling).

Si Rome ne s’est pas construite en un jour, créer une ville dans Sim City prend deux heures. De là à ce que Las Vegas deviennent un nouveau hub technologique et économique, qui ne repose non plus seulement sur le tourisme et le jeu, il n’y a qu’un pas.

Cette ville a toujours été connue pour sa démesure, pour ces rêves. Cette fois, il s’agit d’un pari encore plus grand que quelques centaines de dollars sur un numéro de la roulette. Pas sûr que la volonté soit de créer une Silicon Valley bis, et cela prendra de toute façon des dizaines d’années, mais le jeu en vaut la chandelle. Le temps nous dira si « What happens in Vegas, Stay in Vegas » ou bien si cela donne des idées à d’autres…

Entrepreneur français : les pièges à éviter en arrivant dans la Silicon Valley !

Ne pas croire que ce vous avez fait en Europe est cool.

Bien qu’avoir un prototype, voire des clients et des premiers revenus, représentent un vrai atout, cela ne fera pas la différence. Dans la Silicon Valley, plus que partout ailleurs aux USA, l’attention est portée davantage sur le « what’s next ? » que sur le  « what have you already done ? ». De plus, la petite taille du marché européen fera souvent rire vos nouveaux partenaires. Partez à la recherche de références locales : il est toujours préférable d’avoir un unique client ou une base utilisateur minuscule aux USA qu’une audience solide mais française.

Ne pas aller traquer les VCs, laissez les VCs venir à vous.

Une des premières erreurs que j’ai commise, et je ne pense pas être le seul, est d’avoir d’entrée de jeu planifié une vingtaine de rendez-vous avec des VCs. Attention, cela peut très bien marcher mais rien ne vaut une introduction par une connaissance mutuelle. L’étendu du réseau n’est pas une série d’étoile à épingler sur votre uniforme mais votre premier atout pour faire votre vivre votre projet.

Voyez grand bon sang.

Dans la Silicon Valley, la frontière entre le « humble » et le « boring » est extrêmement fine. Que ce soit dans vos presentations ou pitches, allez y tambours batants. Vous êtes là pour changer le monde ? Dans ce cas dites-le !

Passez-vous des sorties entre français.

C’est naturel, c’est facile et c’est tentant mais c’est à coup sûr le meilleur moyen de vous enfermer petit à petit dans une bulle. Au contraire, désertez l’humour et les considérations francophones pour vous créer votre propre vie ici.

Installez-vous (pour de bon).

Jonglez entre SFO et Roissy est une mauvaise idée pour plusieurs raisons très simples.  La première est cruelle mais tombe sous le sens : quand vous êtes absents, vous n’existez plus pour votre embryon de réseau.

De plus, et c’est une réalité, les douanes américaines ne sont pas friandes des aller/retours permanents entre les Etats Unis et l’Europe. Mon conseil est de venir une première fois avec un « Visa B1 » en planifiant vos rendez-vous et à l’avance et en sélectionnant les évènements auxquels vous souhaitez participer.  Après quelques mois, si le vent semble tourner dans votre direction, get a Visa…! Cela est certainement plus facile à dire qu’à faire mais cette formule me semble la plus performante. Intéressez-vous dès maintenant au « L1-A-Visa » et pourquoi pas au « E-2 Visa ». Les bruits courent qu’un Visa entrepreneur est à l’étude, croisons les doigts.

Ne refusez aucun rendez-vous, jamais.

C’est votre grande première ici et rencontrez autant de personnes que possible doit être votre unique objectif. Foncez à des conférences même si elles ne concernent pas directement votre secteur. Souvenez-vous que les gens changent d’entreprise beaucoup plus rapidement qu’en France : une personne avec un intérêt limité dans une entreprise A peut devenir en quelques jours.un « decision taker » dans une entreprise B.

Plus largement, « Giving Feedbak » est un véritable sport national dans la Silicon Valley. Analyser avec discernement et pertinence les différentes remarques –et elles seront nombreuses- est une qualité essentielle.

Ne travaillez pas dans un garage.

L’image d’Épinal de développeur laborieux travaillant dans la poussière d’un garage de Mountain View a vécu. Cela reste à coup sur une expérience surprenante mais ce dont vous avez réellement besoin est un environnement de travail ouvert. Encore une fois, la Silicon Valley est ce qu’elle est pour ses réseaux, pas pour ses garages (qui d’ailleurs ressemblent étrangement à n’importe quel autre garage).

Ainsi, la meilleure des choses à faire reste de candidater pour une place en incubator/accelerator program. Si ils ne sont pas tous de qualités équivalentes, ils vous feront gagner des ressources et du temps. Dans une moindre mesure, les espaces de coworking (et en premier lieu PariSoma) permettent de faire des premières rencontres et de bénéficier d’un espace de travail de qualité.

Ne croyez pas que les choses seront plus simples ici, au contraire.

Les milliers de conférences, les centaines de VCs et l’ambiance start-up friendly, il est facile de croire que lancer sa start-up est plus aisé dans la Silicon Valley. Justement, la compétition y est plus rude que n’importe quel endroit du monde et sortir de la masse est un véritable défi. Les américains n’oublieront jamais de vous le rappeler : « Go Big or Go Home ».