@Large : Ai Weiwei est à Alcatraz !

C’est grâce à l’action de Cheryl Haines, Founding  Executive Director de la Fondation FOR-SITE, qu’une foule qui devrait atteindre plus de 500,000 personnes que cette exposition (on dit « arrangement ») aura le plaisir de visiter cette exposition unique qui devrait rester ouverte jusqu’en Avril 2015.

Commençons par l’artiste lui-même. Ai Weiwei est déjà une étoile mondiale. Il a participé à la conception du fameux « nid d’oiseau » construit pour les Olympiades 2008 à Pékin. Il a déjà partipé à deux expositions à San Francisco, en liaison avec le Présidio. Ai Weiwei a été emprisonné en Chine (pendant 80 jours) pour « unsubordination ». Il est maintenant  empêché de quitter le territoire Chinois et sous constante surveillance.

Le lieu aussi est remarquable. Alcatraz est visité par un million et demi de visiteurs chaque année. C’est la prison la plus célèbre du monde et maintenant ouverte au public. Les fantômes d’Al Capone, de George « Machine-Gun » Kelly, et Alvin Karps (le premier ennemi public numéro un) hantent encore (dit-on) les couloirs. Alcatraz est une île posée au milieu de la baie de San Francisco.

L’affaire se fit lorsque Cheryl Haines alla visiter son ami Ai à Pékin en 2011. Elle raconte son histoire dans l’introduction à l’exposition : « j’ai demandé à l’artiste quelle petite chose je pouvais faire pour lui (…) il m’a répondu qu’il espérait que je pourrais aider à la diffusion de son art et de ses idées (…) Je lui ai alors demandé « et si je vous apportais une prison ». Sa réponse fut immédiate : « oui, j’aimerai bien ça… ». En retournant à San Francisco, j’ai immédiatement contacté le Golden Gate National  Parks Conservancy qui contrôle l’usage du Golden Gate Park et d’Alcatraz ». Immédiatement l’enthousiasme fut général et les différents obstacles (y compris le financement) disparurent.

L’exposition est immense. Elle contient des centaines de pièces, ainsi que plus de 1.200.000 pièces de Lego qui sont la base des gigantesques dessins directement posés sur le sol. Ces dessins rendent hommage à des « prisonniers » célèbres dont Nelson Mandela, Edward Snowden (oui, c’est pour Ai Weiwei un héro de la liberté).

Au centre de l’exposition un gigantesque cerf-volant accueille les visiteurs.  Avec-le-Vent est une re-interprétation du dragon volant des mythes chinois. Chaque cerf-volant qui constitue le corps du dragon contient des citations des différents exilés ou prisonniers de la liberté. Pour Weiwei, ce dragon représente la liberté personnelle à laquelle chacun a droit. Weiwei explique que cette liberté existe toujours, même si elle n’est que le droit de rêver pour certains. La symbolique de ce gigantesque dragon, enchaîné au milieu d’une prison, et disposé comme s’il était prêt à prendre son essor est incroyablement puissante.

Un autre arrangement est appelé Trace. C’est une vaste composition représentant 176 portraits de dissidents célèbres. L’aspect le plus remarquable est que la composition, divisée en cinq parterres contenant chacun une trentaines de portraits est entièrement composée de briques Lego. Il y en a 1.200.000 !. Comme Weiwei ne pouvait lui-même venir à Alcatraz, la disposition des pièces a été faite pour les premières par Weiwei lui-même, et ensuite par plus de 80 étudiants et artistes de San Francisco à partir d’une grille digitale composée par Weiwei et envoyée par l’Internet, avec en retour les photos des portraits en cours.

John Forge et Yves Lewi (pour la superbe photo) de In The Wind)

SB – 962 : protection ou loi scélérate ?

En août 2014, le Sénat Californien a approuvé une loi (SB-962) qui imposerait à tous les téléphones cellulaires vendus en Californie d’avoir un « kill switch » rendant l’appareil inutilisable en cas de vol, avec cependant la possibilité de réactiver l’appareil si le propriétaire le demande. Selon son auteur, le sénateur démocrate Mark Leno cette loi devrait « instantanément stopper les voleurs de téléphones cellulaires ». La Californie est le deuxième état (après le Minnesota)  à avoir passé une telle loi. Ceux qui supportent cette loi insistent qu’elle est particulièrement utile pour protéger les enfants qui se font voler leurs iPhones (ou autres smartphones qui sont en forte demande) et risquent plus que les autres utilisateurs de se faire blesser ou même tuer. Le problème bien sûr est de savoir qui peut activer le système, et pourquoi ?

 

Pour beaucoup, (dont la puissante CTIA – qui représente l’industrie des téléphones mobiles), il vaut mieux suivre les téléphones volés (via leur code interne) et remonter vers leurs utilisateurs plutôt que de les incapaciter. La CTIA propose même de créer une base de données des téléphones volés et de faire remonter l’information après chaque incident, permettant par exemple une meilleure information sur les bandes organisées. Mais surtout les associations de défense des libertés individuelles soupçonnent un piège. Il sera trop facile pour le gouvernement (local ou fédéral) de demander l’activation de cette loi, non seulement sur des bases générales (comme un district ou une ville), mais aussi en sélectionnant précisément chaque numéro de téléphone figurant sur une liste… rien de plus facile avec un ordinateur, même portable ! De là à penser que certains critères de sélection puissent être politiques, comme cela a été le cas dans le scandale de l’IRS (qui pendant plusieurs années a discriminé contre les associations associées au Tea Party en leur refusant leur statut fiscal préférentiel). Plus inquiétant encore, Parker Higgins (membre actif de l’Electronic Frontier Foundation) pense que cela permettra à des administrations de bloquer ou aveugler journalistes, activistes, citoyens-journalistes, etc. Le mal peut aussi être plus insidieux si la mesure est accompagnée de modifications des lignes de discussions sur les réseaux sociaux, permettant d’éliminer la propagation de messages « mal pensants » en en limitant la diffusion organique. Finalement, il y a le danger très réel qu’une fois le système a été mis en place sur tous les téléphones de Californie, il puisse fournir une « porte secrète » des hackers opérant seuls (par pure malveillance) ou pour le compte d’une organisation commerciale ou représentant des intérêts partisans ou même venant de pays étranger. Pour en savoir plus, il est passionnant de lire un article dans lequel Mat Honan, un journaliste de Wired raconte en détails sa mésaventure : www.wired.com/2012/08/apple-amazon-mat-honan-hacking).

 

De San Francisco, John Forge

La dernière « folie » de San Francisco : la Place Des Poètes.

Lawrence Ferlinghetti est écrivain, poète, cinéaste, et activiste culturel. Son magasin, City Lights, est connu dans le monde entier. Ferlinghetti ne s’est pas contenté au cours de sa longue vie (il a 95 ans, et toujours la même énergie) de simplement écrire et publier ses ouvrages. Mais il a aussi publié les principaux auteurs de la « beat generation » tels que le poète Allen Ginsberg, l’écrivain (français) Jack Kerouac, William S. Burroughs, etc. Sur la photo (merci le Herald Examiner et John Chase /AP) illustrant cet article vous pouvez voir (de gauche à droite) : Lawrence Ferlinghetti et Allen Ginsberg en face d’une plaque commémorative en l’honneur de Jack Kerouac. Il faut noter que Lawrence Ferlinghetti est  très francophile : sa mère Albertine Mendes-Monsanto était française née à Lyon, il est parti enseigner à la Sorbonne juste après son mariage, en 1946, et il sera professeur de Français à San Francisco à son retour en 1953.

Très ami avec Jack Kerouac, qui mentionne Ferlinghetti dans son roman On the Road (Sur la Route), Ferlinghetti remuera ciel et terre pour faire refaire la Jack Kerouac Alley dans North Beach (Le quartier Italien de San Francisco), et surtout faire peindre de superbes fresques sur les mur des maisons voisines. Cette allée est devenue célèbre dans le monde entier. Et ce n’est sans doute pas  par hasard que City Light est au coin de la Jack Kerouac Alley et de Colombus Avenue !

La nouvelle idée de l’infatigable Ferlinghetti est d’annexer totalement un morceau de rue (Vallejo Street)  et la transformer en rue piétonne  à l’Italienne. Le projet a été estimé  à 2.5 millions de dollars. Pas de problème annonce son supporter financier principal, la très bien introduite Angela Alioto, descendante de la famille qui possède un des restaurants les plus iconiques (et éponyme) de San Francisco, et qui n’hésite pas à déclarer : « Je suis optimiste et je pense que la plazza sera prête en 2015 ». Pour bien montrer son engagement, elle précise qu’elle était en Italie le mois dernier pour rechercher les pierres et marbres (or et verts) pour décorer le sol la rue devenue piétonnière, et bâtir un podium pour les orateurs ainsi que des bancs pour le public.

Comme nous sommes à San Francisco, il y aura quelques obstacles à surmonter : par exemple l’Archidiocèse de San Francisco doit donner son accord car la place bloquera l’entrée du garage du Monument National de Saint François d’Assise. Il faudra aussi prévoir un accès pour les pompiers et les services d’urgence, ainsi que pour les handicapés… mais vu l’énergie de l’indomptable Ferlinghetti, il n’y a pas trop de doutes sur le fait que cette place se fera un jour.

De San Fran Francisco
John Forge

GeriJoy : nous créons des chiens virtuels qui parlent !

C’est ainsi que Victor Wang, fondateur et CEO de GeriJoy a introduit sa société devant une salle comble à TedMed il y a quelques mois. Nous l’avons rencontré lors d’une récente présentation au Bay Area Startup Network, un des groupes d’ « angels » les plus actifs de la Vallée, grâce au dynamisme de Jean-François (John) Ricci, son président fondateur.

GeriJoy a été créée pour répondre à un problème douloureux et difficile : comment aider les familles vivant avec un parent affecté par Alzheimer. C’est un important problème. Selon une étude de l’Institute of Health and Aging de l’Université de Californie, il y avait 588.208 familles concernées en 2008. Leur nombre passera à 678.446 en 2015 et doublera pour atteindre 1.149.560 en 2030. Au niveau national, selon la Alzheimer Association 5 millions d’Américains âgés de plus de 65 ans on Alzheimer (11%). Ce pourcentage grandit avec l’âge pour atteindre 82% des Américains de  plus de 85 ans. Avec l’arrivée de la « baby boom generation » dans la catégorie des « seniors » ce problème ne peut qu’augmenter dans les années à venir. La charge de veiller sur un parent affecté par la maladie d’Alzheimer (qui demande souvent une surveillance permanente, 24 heures sur 24, 7 jours par semaine) est de plus en plus coûteuse et affecte la vie personnelle et professionnelle de plus de 1,1M de personnes en Californie.

Un des problèmes rencontré est que les personnes laissées sans assistance peuvent rapidement développer des crises de démences qui peuvent être dangereuses pour les patients, leurs familles, ou leurs voisins. Si l’on peut avoir constamment une présence auprès du patient, et interagir avec lui ou elle, le risque est largement réduit… mais cela peut coûter très cher !

La solution offerte par GeriJoy est de donner à chaque patient une petite tablette avec une caméra, un micro, et connectée en permanence à L’Internet. Lorsque le patient prend la tablette, un petit animal de dessin animé apparaît et commence à parler : « Bonjour Pierre, as-tu passé une bonne nuit. Annie, ta fille t’envoie tout pleins de bisous ». Le petit chien roule des yeux adorables, et sa face s’anime en fonction des mots. Il a l’air attentif. Plus tard il va demander au patient de lui gratter le crane et suivre les mouvements de la main du patient avec des mouvements de la tête et des petits cris de plaisir.

En fait ce petit chien est un avatar contrôlé depuis un bureau en Indonésie. L’avantage d’un avatar est que le manipulateur n’a pas besoin de toujours être le même. Le personnage aura toujours la même voix et les mêmes manières. De plus tout est enregistré et régulièrement revu par des docteurs qui peuvent diagnostiquer des changements de comportement. La famille peut participer, par exemple en ajoutant des photos ou documents familiaux.

Selon les témoignages des utilisateurs, de plusieurs institutions et de docteurs, les résultats sont impressionnants en réduisant le stress des patients et de leurs familles.

La vidéo ci-dessous donne une bonne idée du produit :

Victor Wang introduisant GerriJoy à TedMed.

Rassurez-moi : il n’a pas fait un Zuckerberg tout de même ?

Rassurez-moi : il n’a pas fait un Zuckerberg tout de même ?

Faire un Zuckerberg, ou « to pull a Zuckerberg » comme le disent les locaux, est un jeu réservé à quelques milliardaires. Simples millionaires s’abstenir !

Ce jeu se pratique généralement dans les beaux quartiers, dans les très beaux quartiers, d’une ville. Le nom vient de Mark Zuckerberg, multimilliardaire en dollars (25,3 milliards de dollars, malgré un salaire de un dollar par an),  Chief Executive Officer (CEO),  Chairman et co-fondateur de FaceBook.

En 2011, Zuckerberg décide d’acheter une maison à Crescent Park (au 1456 Edgewood Drive), un quartier chic de Palo Alto où vivent déjà quelques personnalités de poids comme Larry Page  (Google) qui y possède  une maison de 500 mètres carrés), ou Marissa Mayer (CEO de Yahoo). Zuckerberg a payé 7 millions de dollars pour cette maison (photo ci-dessus) de 5 chambres, 5 1/2 salles de bain, une cave, une piscine, une tonnelle (où Mark et sa femme (née Priscilla Chan) se sont mariés).

Zuckerberg House

 

Mais en 2013, Mark découvre qu’Iconiq Capital, une société qui gère les fortunes de riches familles de la vallée, avait acheté la maison attenante et se proposait d’en acheter d’autres avec comme publicité : « vivez comme et près de Zuckerberg ». Après avoir payé plus de 14 millions de dollars pour racheter  la dite maison (deux fois le prix de sa résidence), il décide alors de racheter tout le quartier pour un total de 30 millions de dollars. Encore mieux, pour les voisins du moins, Zuckerberg n’a aucune envie (pour l’instant du moins) de les occuper, et il les a louées… à leurs précédents occupants !

Ce n’est pas le seul investissement  du jeune milliardaire. Il a aussi investi 10 millions de dollars pour acheter une maison au coin de Dolores et de la 21ème rue (dans Dolores Heights, un autre quartier chic de San Francisco). Il envisage aussi de gros travaux (estimés entre 1.5 millions et 5 millions de dollars pour construire une « media room », une cave et une grande serre valant à elle seule plus de soixante mille dollars. Les suppositions vont bon train, bien sûr sur ce que Zuckerberg compte faire pousser dans sa serre…

Pour ne pas être en reste Marissa Mayer (Pdg de Yahoo) qui avait déjà une assez belle maison no loin,  dans Addison Avenue,

décide en 2014 d’acheter… une maison funéraire. En fait la plus ancienne de la Vallée. Connue sous le nom de Roller & Hapgood, cette propriété d’un hectare aurait permis de construire 21 maisons individuelles. Et ça, Marissa ne pouvait le supporter, surtout que sa maison personnelle, située, est quelques mètres seulement de cette propriété. Avec son paquet d’actions de Google, et son poste de CEO de Yahoo (36.6. millions de dollars par an) elle a acquis  cette intéressante propriété, au grand chagrin de ses voisins qui se plaignent déjà des grandes parties que Marissa organise avec régularité.

Va-t-on en rester là ? Sans doute pas selon certains experts : si vous avez beaucoup d’argent (nous parlons en milliards de dollars bien sûr), l’immobilier semble rassurant pour ceux qui voient les obligations rapporter moins de un pour cent, la bourse devenir très nerveuse, et l’inflation qui commence à montrer son nez, en particulier dans le prix de l’alimentation. Nous vous tiendrons informés bien entendu!

John Forge