Yelp veut que ça brille

Yelp veut que ça brille


Le très populaire site de critiques de restaurants et de commerces de proximité Yelp a annoncé l’intégration des scores des évaluations d’hygiène menées par la ville sur la fiche des restaurants. Censé rassurer et informer les consommateurs, il répond à cette question qui taraude bien plus les américains, que nous Français : « Se peut-il que je sois malade après avoir mangé dans cet établissement ? »

logo de yelp en silicon valley

Décidément, vu depuis l’autre côté de l’Atlantique, l’actualité française est parcourue de références liées à la nourriture et à la santé publique. Des pains au chocolat aux lasagnes à la viande de cheval, on s’interroge beaucoup sur des problèmes culinaires. La question de la transparence notamment agite bien des neurones en France actuellement.

Mais qu’est-ce qu’on en dit depuis la Silicon Valley ?

Bien plus à cheval que nous sur la transparence et l’hygiène, les San Franciscains sont en passe de pouvoir s’appuyer sur un nouvel outil pour choisir leur restaurant. Ce ne seront plus seulement le rouge des tomates ou l’imagination des chefs, mais aussi l’examen de la propreté des lieux qui vont entrer en compte.

Des scores d’hygiènes pour évaluer les établissements de santé ?

Non, plus pour comparer les restaurants. La mission de Yelp est d’aider les gens à trouver des business locaux et de délivrer l’information la plus utile possible à ces derniers. Qu’il s’agisse de l’épilation à la cire brésilienne la moins douloureuse, du réparateur le plus à même de débloquer votre IPhone, voire de la station service avec l’accueil le plus chaleureux, Yelp (qui vient de dépasser la barre des 100 millions de visiteurs uniques pour la première fois en janvier 2013) offre la possibilité de donner son avis sur tout. Dans cette optique et pour apporter un supplément d’informations à ses utilisateurs, Yelp vient d’intégrer des scores d’hygiène pour les restaurants de San Francisco.

Ce procédé sera bientôt élargi à la ville de New York.

Les scores d’hygiène évalués sur 100 points, sont basés sur les données d’inspection de la ville. Yelp travaille en effet main dans la main avec les départements de technologie des villes de San Francisco et de New York pour collecter et ajouter ces informations dans sa base de données.

En cliquant sur ce score, s’affichent le détail des manquements à la chartre et les dates des inspections précédentes.

Yelp utilise en fait des données qui sont produites depuis longtemps. Le twist vient de ce qu’elles sont désormais accessibles, et donc exploitables par les entreprises.

photo illustrant l'utilisation de application yelp

Tout ça est très beau, fantasque ou awesome comme toujours avec les Américains, mais, ça consiste en quoi, au juste l’évaluation de la salubrité d’un restaurant en Californie ? Les inspecteurs se concentrent sur ce qui peut être facilement vérifié, tels que la température du réfrigérateur, la propreté des sols et des comptoirs ou encore si les cafards et les souris ont élu domicile dans le garde-manger.

Une application simple et efficace de l’Open Data

Au delà du simple intérêt pour les utilisateurs de Yelp, cette démarche est intéressante en tant qu’elle marque une nouvelle étape dans l’exploitation des données publiques.  Il s’agit de rendre l’énorme quantité d’informations sur la santé détenue par les pouvoirs publics plus accessible au public. L’utilisation de l’open data trouve ici une de ses réalisations les plus pertinentes. Et les résultats suivent.

D’après une étude de l’industrie de la restauration de Los Angeles, quand les consommateurs ont accès aux scores d’hygiène des restaurants, le nombre d’hospitalisations dues à des intoxications alimentaires chute. Cette étude montre également que des scores en évidence sur la devanture du restaurant engagent les concurrents à améliorer leurs pratiques

Les critiques

Génial! Génial? Il y a quand même quelques bémols.

D’abord les inspections en elle-même n’offrent qu’un vague aperçu du risque réel de contamination alimentaire. Les lieux évalués sont souvent ouverts 365 jours par an, 12 heures par jour et dès lors, une inspection de deux heures ne sera qu’un snapshot et la pertinence de l’extrapoler sur l’ensemble de l’activité est très faible. Ensuite, les standards utilisés ne reflètent que la société dans laquelle ils s’exercent.

Ce n’est strictement qu’une projection de ce qui est hygiénique d’un point de vue américain ou a fortiori San Franciscains. La peur de la contamination par bactéries est bien plus forte et même entre amis, il est impensable de partager sa cuillère pour déguster un sorbet!

Et puis surtout, les facteurs de maladie qui visent à être combattus par ce procédé n’ont pas forcément grand chose à voir avec les maladies qui peuvent être effectivement transmises dans des restaurants. Il est fort probable que de toutes les variables mesurées aucune n’ai autant de pertinence dans l’évaluation de la salubrité d’un restaurant que la propreté des mains des employés.

Une extension prochaine aux hôtels

Bien que les notes d’hygiène soient insuffisantes, elles ont indéniablement rendu les restaurants plus propres, et les usagés plus vigilants. Et si cette pratique a si bien fonctionné pour les restaurants, Yelp va probablement étendre prochainement le dispositif à d’autres secteurs, tels que l’hôtellerie. Et nul doute que cette innovation arrivera en France avant le prochain printemps.

Alors, peut-être que les kebabs de la Place Clichy à la propreté parfois discutable feront bientôt le saut hygiénique…

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