La mécanique cachée de l’économie digitale partagée

Nous avons vu comment à San Francisco, de jeunes sociétés réinventent nos façons de vivre en « déconstruisant » la notion de repas en créant une expérience de groupe dans laquelle le client crée son repas en choisissant pour chaque plat un camion différent, et même en partageant avec d’autres convives (familiers ou pas) autour de lui. Nous avons vu des expériences similaires dans le domaine des transports, du club louant des voitures à la minute, des personnes privées invitant des voyageurs à partager leurs trajets, ou même des personnes privées louant leurs propres voitures. On pourrait aussi parler de sociétés telles que Instacart (louez des acheteurs pour faires vos courses) ou Postmates qui organise la livraison de petits objets en ville en moins d’une heure).

En quoi ces dernières sociétés sont-elles comparables aux précédentes ? Elles n’ont ni entrepôt, ni employé. Comme Lyft, elles ne sont que des échanges mettant en relation (grâce à des programmes très sophistiqués) des gens qui veulent quelque chose avec d’autres qui ont le temps et le savoir nécessaire pour le faire.

La transformation des habitudes que ces applications représentent est visible et évidente. Ce que nous allons voir maintenant est que la partie cachée est toute aussi « déconstruite ».

city car share

La méthode ancienne pour lancer un camion-sandwich est pour un individu de tout faire : acheter un camion, l’équiper, passer un permis poids lourd, recruter un chef (ou un apprenti), développer des menus complets, négocier des emplacements, imprimer des listes de prix, des horaires, etc.

Un « food truck » est aujourd’hui une opération bien plus compliquée, mais la grande différence est que le propriétaire ne pense même pas à tout faire : Il/elle trouvera des sociétés qui offrent des camions tout équipés, avec parfois l’entretient et les réparations. D’autres sociétés vont s’occuper de négocier des emplacements auprès des autorités locales et les revendre aux camions sous forme d’abonnements. D’autres vont s’occuper du recrutement et de la gestion des employés. D’autres sociétés encore vont se concentrer sur la publicité, envoyer des courriels pour informer les sociétés et leurs employés, développer des sites Internet, des pages Facebook, et s’assurer que chaque camion client sera précédé par une série de courriels, des annonces sur sa page Facebook, ou des gazouillages (Tweets) annonçant le camion, le plat spécial ou les promotions directement aux « suiveurs ».

Comme il y a beaucoup de camions, qui ne fournissent qu’un service très spécialisé (offrir de la nourriture aux clients), il y a assez d’opportunités pour une société de marketing pour espérer un nombre suffisant de clients.

En regardant « sous le capot », c’est-à-dire la partie purement informatique, on trouve là encore cette même spécialisation et collaboration : Par exemple il y a des sociétés développant des applications mobiles standardisées, des sociétés qui offrent des outils pour porter ces applications sur pratiquement tout type de téléphone et de système (ce qui est important lorsque l’on sait qu’une simple géolocalisation sur une carte peut avoir plus de 200 variantes, compte-tenu du système opérateur du téléphone, du système de lecture du code GPS, de l’écran (taille et densité), de la base de données, des interfaces possibles, etc. Le tout devant bien sûr être constamment adapté aux nouvelles versions de chacun de ces sous-systèmes). Là encore on voit les développeurs concevoir dès le départ leurs applications pour être « ouvertes » et intégrables à d’autres applications (on parle d’API –Application Programming Interfaces).

Cette approche de spécialisation-collaboration-intégration est typique du processus d’innovation que l’on trouve dans la Silicon Valley, et elle permet d’aller beaucoup plus loin !

Nous avons déjà vu que des loueurs de voiture tels que Citycarshare acceptent que – et même encouragent – leurs clients à rentabiliser leur location en offrant des services de trajet partagés utilisant la voiture qu’ils viennent de louer (cela se fait avec Lyft).  Il est très probable que des sociétés comme Instacart vont proposer à des camions ou des groupes de camions d’aller chercher, pour des personnes qui ne peuvent se dé placer, leur repas quotidien : les clients d’Instacart peuvent voir sur leurs mobile quels camions seront à un endroit donné et se composer un menu qui sera servi chaud ! Les camions eux-mêmes pourraient envisager de se faire « ravitailler en route » pour des produits frais (en passant commande via un mobile et en sélectionnant le livreur le plus proche) en utilisant la même société Instacart !

Toutes sociétés sont en train de grandir (à une vitesse étourdissante pour nos habitudes européennes) et les plus solides suivront la vague qui a déjà dépassé les murs de San Francisco et mêmes les frontières de la Californie. Il faut voir dans un court futur que des milliers de camions pourront opérer, entrainant des centaines de sociétés de service de tous genres et créant des  centaines d’ « apps » spécialisées se liant avec d’autres applications.

Mais nous sommes en Californie, et il y a bien sûr une partie cachée dans cette belle mécanique : il va falloir aussi se battre pour exister… c’est ce que nous verrons dans notre prochain article.

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