La Guerre des Bitcoins: la Première Bataille

C’est l’IRS (le services des impôts US) qui déclenche l’offensive: La Notice 2014-21 publiée la semaine dernière précise comment le fisc américain entend traiter les possesseurs de Bitcoins.

La première chose à relever est qu’il s’agit d’une décision, et non pas d’une loi, et donc sans discussion et approbation de la seule institution habilitée à lever de nouveaux impôts, la Chambre des Représentants (« The House »). Dommage car les ramifications de cette décision vont très loin.

Le graphe ci-dessous montre que les possesseurs de Bitcoins ne se méprennent pas sur les conséquences de cette décision : chute de 17% en une seule journée !

Voyons d’abord ce que cela veut dire. Dès le début, nous sommes informés qu’il s’agit d’un cadre global : « Cette décision décrit comment les principes fiscaux s’appliquent aux transactions utilisant des monnaies virtuelles ».  Le document continue en précisant la différence : contrairement à une monnaie réelle –telle que le dollar- la monnaie virtuelle « n’a pas de cours légal » (legal tender).

Le fisc américain considère-t-il qu’une monnaie virtuelle, directement échangeable avec une monnaie « normale », est une autre forme de monnaie ? La réponse est claire : absolument pas. Le document précise : « en ce qui concerne le droit fiscal, une monnaie virtuelle sera traitée comme un avoir (« a property »).  Les principes généraux de taxation des propriétés s’appliquent donc à toutes les transactions avec des monnaies virtuelles. La valeur d’acquisition est celle du Bitcoin au jour de l’installation, et la valeur de vente à la valeur lors de la vente. Cette information est très précisément connue. La note est plus précise : « lorsqu’un mineur (voir notre article sur le fonctionnement des Bitcoins) reçoit des Bitcoins en échange de son travail, la valeur correspond au prix des Bitcoins le jour de la réception des Bitcoins. De plus, les Bitcoins reçus (en paiement d’un service ou du fait de l’extraction) sont considérés comme des salaires, et donc subissent aussi les taxes sur les salaires.

Mais le plus inquiétant est la réponse à la question 12 : « celui qui reçoit des Bitcoins en paiement doit-il/elle déclarer ce paiement ? » »  Et la réponse de la Note est sans ambiguïté : « si le paiement correspond à plus de 600 dollars en une année, le receveur doit le déclarer dans sa déclaration d’impôt ». La même obligation s’applique à celui qui paie en Bitcoins : ils doivent déclarer le transfert en indiquant le receveur dans le bordereau 1099…

Il y a plusieurs conséquences :

  1. Les Bitcoins sont taxés comme revenu assimilé à un salaire (le taux peut dépasser 35%) et les paiements sont considérés comme des paiements de services. Cela va rendre l’extraction des Bitcoins encore moins rentable (il y a –comme nous l’avions vu un mécanisme automatique déjà installé dans la création des Bitcoins, qui rend l’opération de plus en plus difficile (et coûteuse en termes de cycles d’ordinateurs) et en plus le prix payé aux mineurs de plus en plus bas (jusqu’à s’annuler lorsque le nombre maximum de Bitcoins sera atteint),
  2. Alors le Bitcoin devient-il juste une valeur refuge comme l’or ? Non répond le fisc américain, l’or acheté en petites quantités n’est pas déclarable. Le Bitcoin l’est. Adieu donc l’anonymat! L’acheteur ET le receveur doivent déclarer chaque transaction,
  3.  Même si le receveur garde ses Bitcoins sur un compte hors USA : le gouvernement américain impose à tous ses ressortissants de déclarer toutes propriétés à l’étranger.

Mais cela pose un précédent pour toute une catégorie de monnaies virtuelles :

  • Les miles gagnés sur les voyages aériens,
  •  Les « points » gagnés sur les achats par cartes de crédit,
  •  Les offres des banques à l’ouverture d’un compte.
  • etc.

On peut penser que la situation sera réglée en face de tribunaux… mais pour l’instant, la prudence s’impose !

Le livre disparaît… vive la lecture !

Le livre disparaît… vive la lecture !

Je lis beaucoup. Au fil des années j’ai utilisé mon compte sur Amazon pour acheter de plus en plus de livres en version digitale. Moins chers, et immédiatement délivrés sur mon Kindle, ma tablette, et même mon téléphone, les eBooks sont très pratiques, surtout en voyage, ou en attendant avant un rendez-vous !

Mieux encore, grâce à une application très facile à installer, je peux envoyer tout document que je veux lire plus tard, sur l’appareil de mon choix. Encore plus pratique est l’utilisation d’Apps, comme par exemple Cam Scanner qui me permet d’utiliser mon téléphone comme une photocopieuse ou un scanner, automatiquement transformer le document en un PDF, et finalement l’envoyer sur mon fidèle Kindle.

J’avais pris l’habitude de systématiquement envoyer de la sorte tout document que je signais (beaucoup de NDAs (« Non Disclosure Agreements »). Rapide, facile et sûr… mais en suis-je toujours certain ?

Le problème vient d’une fenêtre qui m’est apparue en visitant le site Amazon :

Le texte explique que je peux choisir de recevoir la nouvelle version d’un livre en format eBook. Nouvelle version d’un livre, instantanément modifié ? De plus il est possible de sélectionner une option pour que les notes, et mots soulignés soient conservés dans la nouvelle version. Comme vous pouvez le voir, j’ai immédiatement refusé… l’idée d’une révision permanente de mes « bouquins » me paraît trop 1984 ! Bien sûr il ne s’agit au début que de correction de fautes typographiques et d’erreurs… mais qui peut me garantir que cela n’ira pas jusqu’au remplacement de paragraphes entiers pour les rendre plus politiquement correct (je pense à certains romans de Mark Twain) ou les mettre au goût du jour. Comment ne pas penser à la fameuse citation de George Orwell « Qui contrôle le passé contrôle le futur, qui contrôle le présent contrôle le passé ». C’est la deuxième partie de la citation qui me cause le plus d’inquiétude. C’est aussi celle qui est la moins connue !

Mais cela ne s’arrête pas là : pour offrir un meilleur service, Amazon propose de recopier automatiquement (à mon choix bien sûr… et pour l’instant) les documents personnels enregistrés sur mon Kindle (ou autre appareil accessible par une application Kindle). Connaissant l’insatiable voracité des processeurs de Big Data, je commence à me demander si mon choix est vraiment sans conséquence…

Je n’accuse pas Amazon. J’adore toujours leur excellent service. Mais cela m’a amené à penser : que devient le monde lorsque nos livres peuvent se modifier sans même que nous le sachions ? Que devient la notion même de livre lorsque le texte est modifiable à tout moment … imaginez Zola travaillant sur la saga des Rougon-Macquart en une seule édition s’agrandissant chaque année de nouveaux chapitres, ou un abonnement pour toute la production de Harry Potter ? Une clé d’accès pour accéder à la lecture d’un document en échange de l’achat d’un objet en papier ? Vue de Californie, cette société n’a rien de remarquable : presque tous les journaux offrent maintenant des versions en ligne et les cartes de visites ont un QR-Code qui renvoie à une adresse Web, LinkedIn ou Twitter.

Qu’en pensez-vous ? Nous en parlerons (si vous le désirez) dans un prochain article.

John

PS : Combattons la technologie par la technologie : j’ai trouvé une application qui me donnera peut-être une solution conservant mon information privée. USB Mass Storage utilise la prise de recharge   pour connecter une mémoire flash, et enregistrer mon document sur un disque virtuel non-connecté.

Les jumeaux Winklevoss: De Facebook à Bitcoin

Les jumeaux Winklevoss: De Facebook à Bitcoin

Absolument hyperactifs, fascinés par l’ombre (l’aventure des Bitcoins) et la lumière (les jeux Olympiques de Pékin), Tyler et Cameron Winklevoss sont nés le 21 Aout 1981 près de New York dans un milieu intellectuel : le père –Howard E. Winklevoss – était professeur de science actuarielle (calcul de probabilités appliquées aux assurances vie). Il est l’auteur d’un livre de référence dans le domaine. Leur mère était une psychiatre de renom. Très tôt les jumeaux manifestent un goût pour « le différent » en choisissant d’étudier le latin et le grec ancien. A 19 ans, ils entrent à Harvard, et sont envoyés faire un stage à Oxford (en Angleterre) où ils en profitent pour gagner un « bleu » (la plus haute distinction pour avoir atteint le plus haut niveau de compétition) dans la célèbre course d’aviron entre Oxford et Cambridge.

En 2007 ils gagnent une médaille d’or pour l’aviron en équipe, et finiront en double seconds aux jeux Olympiques de Pékin.

Harvard sera leur premier terrain d’expérimentation. Les deux frères créent (avec leur ami Divya Narendra) la HarvardConnection qui permet aux étudiants de simplement poster des messages, inviter des amis et ajouter des activités à leur profile.

Pendant ce temps un jeune « bizuth », fils d’un dentiste et d’une psychiatre de New-York travaillait sur un projet (qui deviendra Facemash), et choisit d’accélérer les souscriptions en accédant illégalement à la partie « privée » du réseau de l’école pour copier quelques profiles d’étudiants et des photos d’identité disponibles pour chaque dortoir, ce qui lui vaudra d’être poursuivi par l’Université et évitera de justesse le renvoi.

Les frères Winklevoss décident d’embaucher le jeune « geek » pour améliorer la HarvardConnection. Il ne faudra pas longtemps à ce dernier pour réaliser qu’il y a une énorme demande. Il abandonne alors la HarvardConnection (qui devient ConnectU) et décide (sans plus se poser de problème) de garder ses programmes et les nouvelles idées qu’il a glanées. Il développe alors son propre système : The Facebook. Vous l’avez deviné il s’agit du jeune Marc Zuckerberg. La suite fait partie de la légende racontée dans le film « Le Réseau Social ».

Bien sûr les jumeaux sont furieux, et ils attaquent Zuckerberg… et gagnent ! Facebook sera condamné, mais à payer, mais seulement 130 millions de dollars ! Arès avoir tenté de faire appel, les frères Winklevoss décident alors d’arrêter leur procès et d’investir l’argent  en créant en 2012 un fond d’investissement : Winklevoss Capital management qui va se spécialiser dans le « seed funding » c’est-à-dire les sociétés en création au tout début de leur recherche de capital.

Un des premiers investissements de WCM est SumZero (un fond d’investissements), créé par Divya Narendra (oui, le même). D’autres sociétés suivront : Hukkster (« on line shopping ») et Keepy (partage de photos de famille).

En avril 2012, WCM découvre les Bitcoins et achètent 1% de tous les Bitcoins existant à cette date et représentant 11 millions de dollars au début de 2013. L’investissement vaut au moins 5 fois plus maintenant. Mais les Winklevoss ne s’arrêtent pas là. Le 1er Juillet 2013, Ils utilisent une de leurs sociétés (Math-Based Assets Services) pour créer le Winklevoss Bit Coin Fund. Ce fond investira en 2013 1,5 millions de dollars dans la création d’un payeur en Bitcoins : BitInstant. C’est cette société qui vaut aujourd’hui aux jumeaux une nouvelle entrée dans les médias : Au moment où nous écrivons cet article, le CEO (directeur général) Charles Shrem est en état d’arrestation par la police américaine pour complicité avec Robert Faella (lui aussi arrêté) pour collusion et complicité dans divers trafics de drogue via le site BTCKing accusé d’être un site de blanchiment d’argent (ou plutôt de Bitcoins) de la  célèbre « Route de la Soie » (Silk Road).

Pour l’instant l’histoire s’arrête là… mais l’épopée, n‘en doutez pas, continue. A suivre.

Bitcoins : La crypto-monnaie du Dark Internet deviendra-t-elle le moteur des échanges financiers sur la Toile ?

Bitcoins : La crypto-monnaie du Dark Internet deviendra-t-elle le moteur des échanges financiers sur la Toile ?

Au moment où j’écris ces lignes, il y a précisément 12.031.925 Bitcoins (BTC) en circulation. La dernière transaction s’est faite pour 829.98 dollars (sur l’échange MtGox). La capitalisation totale des bitcoins est donc de l’ordre de 10 milliards de dollars. Je peux même assister en temps réel à la naissance de chaque Bitcoin sur la page Fiatleak. On sait tout sur chaque Bitcoin créé en lisant le journal qui a enregistré toutes les transactions depuis le début. Ce journal s’appelle la Block Chain et il est disponible gratuitement sur bitcoin.org (attention, la Block Chain est maintenant de l’ordre de 10 MB !). Le même site vous donnera un choix de portefeuilles (Bitcoin Wallets) et vous donnera une adresse (publique) ainsi qu’une clé (privée bien sûr). Ne la perdez pas car sans elle, vous perdez tout votre portefeuille ! Les programmes sont publics et souvent gratuits. C’est d’ailleurs cette « transparence » qui est le moteur de sécurité du monde des Bitcoins.

Mais au même moment où nous pensons tout savoir sur cette crypto-monnaie, nous nous rendons vite compte que nous ne savons que peu, à commencer par qui a créé le système et comment il fonctionne réellement. C’est ce que nous allons tenter de découvrir ensemble.

D’où viennent les Bitcoins ?

La naissance du système remonte à la publication en 1998 par Wei Dai sur la Cypherpunk Mailing list suggérant qu’une nouvelle forme de monnaie pouvait être créée en utilisant des techniques de cryptographie. Mais c’est en 2008 que la première réalisation apparait avec la publication d’un papier intitulé « Bitcoin : A Peer-to-peer Electronic Cash System » publié dans The Cryptography Mailing List par un  auteur nommé Satoshi Nakamoto. Pour bien montrer qu’il était sérieux, Satoshi Nakamoto publie en 2009, en Opensource, le premier programme capable de miner des Bitcoins, créant ainsi le Réseau Bitcoin (Bitcoin Network) et le premier Block (The Genesis block) pour lequel il reçoit les premiers Bitcoins. La première transaction connue est l’achat par Laszlo Hanycek, un programmer vivant en Floride, de deux pizzas délivrées par Papa John pour 10,000 Bitcoins. Ce sont sans doute les pizzas les plus chères du monde puisque 10,000 BTC valent aujourd’hui plus de huit millions de dollars !

Le seul problème est que Satoshi Nakamoto n’existe pas. La seule chose dont on puisse être certain est qu’il s’agit d’un pseudonyme. Qui se cache derrière ce nom ? Il y a de nombreuses théories. Ted Nelson (le créateur du mot hypertext) pense qu’il s’agit du mathématician Shinichi Mochizuki (connu pour sa solution de la ABC Conjecture), d’autres pensent au trio Neal J. King, Charles Bry et Vladimir Oksman qui ont déposé des brevets sur le sujet, d’autres enfin pensent qu’il s’agirait d’une conspiration entre gouvernements asiatiques pour détrôner le dollar comme monnaie de réserve. Ce que l’on sait, c’est qu’en 2010, Satoshi Nakamoto a publié un dernier papier indiquant qu’il était temps pour lui de faire autre chose. Depuis plus rien.

La mécanique (très publique) du réseau Bitcoins

La volonté du créateur du système est claire : créer un système aussi solide que celui de l’étalon or. L’or est rare (quantité limitée), se conserve indéfiniment et peut être coupé en fractions très petites. Dans le réseau Bitcoins il n’y a que deux constantes :

Le nombre maximal de Bitcoins qui peuvent être créés par le système est de 21 millions (en fait 20.999.999,9769). Nous avons donc déjà produit plus de la moitié des Bitcoins possibles.

La plus petite fraction échangeable correspond à un centième de million de Bitcoin. Elle est appelée un Satoshi.

Comment sont donc créés les Bitcoins et qui en décide ?

La question est importante car elle est la base de la stabilité du système. La réponse est simple : personne… et tout le monde !

Les Bitcoins ne sont pas créés comme des dollars, des Yens ou des Euros, qui sont imprimés par une Banque Centrale, en fonction de décision des gouvernements responsables (ou irresponsables ?). Ils sont créés, comme l’or par des Mineurs (Miners). Regardons de plus près comment cela fonctionne.

Une transaction est créée à chaque fois qu’un vendeur rencontre un acheteur (sur l’Internet) et que les deux parties se mettent d’accord sur le prix. Cet accord se fait par des échanges habilités tels que Mt. Gox (basé au Japon) ou Bitstamp (en Euros), ou encore OTC Exchange (qui permet d’utiliser Paypal). Une liste très complète est disponible. [ https://en.bitcoin.it/wiki/Trade]

Cette transaction est ensuite enregistrée, et c’est à ce niveau que la création de Bitcoins va se faire. Le réseau Bitcoin est un réseau peer-to-peer (comme Skype ou Napster). Les transactions se font entre deux ordinateurs qui ont le même progiciel client (trouvé sur bitcoin.org). Chaque utilisateur a un compte crypté qui va enregistrer ses transactions dans un portefeuille (wallet.dat). Toutes les transactions sont immédiatement et automatiquement publiées sur le réseau Bitcoin. Elles sont lues par les programmes clients d’une catégorie d’utilisateurs spécialisés: les Mineurs.

Les Mineurs parcourent en permanence le réseau et lisent toutes les transactions qui n’ont pas été certifiées dans une période de temps. Pour certifier un Block de transactions, les Mineurs doivent analyser les transactions et calculer un hashcode facilement vérifiable. Les ordinateurs savent faire de tels hashcodes très rapidement. De façon à laisser assez de temps au réseau pour vérifier la légitimité du calcul (et éviter des ventes en double), le système impose une règle simple : il faut que le hashcode commence par un certain nombre de zéros (de l’ordre de quarante zéros). Pour arriver à ce résultat, le Mineur ajoute à la chaine d’information de chaque transaction un nombre arbitraire (le Nonce) et il répète l’opération jusqu’à ce que le nombre commence par le format imposé (The challenge – Le défit). Il n’est pas possible de calculer le Nonce pour obtenir le format espéré. La seule façon et de calculer un hashcode, s’il ne correspond pas au format, changer le Nonce, recalculer, etc. Il faut quelques centaines de millions d’essais pour obtenir une solution, ce qui demande 10 à 20 minutes par Block.

Dès que la combinaison recherchée est trouvée, le Node/Mineur annonce à tous les autres points du réseau qu’il a résolu le problème et publie sa Preuve (Proof of Work). Le Block est alors intégré à la Block Chain qui la liste contenant l’image de toutes les transactions (remontant jusqu’au Bitcoin original).

Pour inciter les Mineurs à faire ce travail de vérification essentiel pour le bon fonctionnement du réseau, ils reçoivent du système un certain nombre de Bitcoins (The Reward). Ce nombre était de 50 BTC à l’origine, depuis May 2013 ce nombre est passé à 25 BTC. En plus du Reward, les mineurs reçoivent aussi les coûts de transaction que chaque vendeur décide de donner pour que sa transaction soit correctement certifiée.

Le système contient des algorithmes pour conserver un certain niveau de difficulté. Tous les 2016 blocks la difficulté de la preuve (en gros le nombre de zéros) est revue en hausse (si le temps passé par l’ensemble des mineurs est trop important, ou en baisse (s’ils ont pu le faire trop vite). La valeur du Reward est aussi automatiquement ajustée : elle est divisée par 2 tous les 210,000 blocks confirmés. Il a été calculé que lorsque le nombre de 21 millions de Bitcoins sera atteint (vers 2140), il sera possible de ne plus payer de Reward, le nombre de transactions sera suffisant pour payer le travail (et l’équipement) des mineurs.

Le système est ainsi merveilleusement stable, précis, publique, et (surtout) totalement décentralisé. Comme l’Internet lui-même, il n’y a pas de centre ou de priorité pré établie, et toute l’information est facilement vérifiable par tous les participants.

Alors, avec une telle mécanique, que peut-on faire ? Bâtir des fortunes, en perdre aussi, tout dépend des participants. Nous verrons dans le prochain article, qu’ils sont hauts en couleurs !

Le père Noël de San Francisco s’encanaille !

Les pères Noël de San Francisco sont de joyeux lurons… et ne me parlez pas des flocons de neige ! Le ciel est bleu. Le fond de l’air juste un peu frais, et la foule est jeune et joyeuse : beaucoup de T-shirts, bluejeans et sandales. Non, il ne s’agit pas d’une belle journée de printemps à Paris, mais d’un samedi de décembre à San Francisco. Michèle et moi nous dirigeons vers le grand Magasin Macy’s sur Union Square. En face de nous la station du Bart (Bay Area Rapid Transit, le métro de San Francisco) dégorge une foule dense venue de toute la région (la Bay Area). Mais cette ligne de voyageurs est différente : vue de loin la ligne entière est rouge vif et elle fait déjà une centaine de mètres de long. Nous nous rapprochons pour mieux comprendre. 

Sortant du métro nous voyons arriver des milliers de… pères Noël. Ils portent le grand habit rouge bordé de blanc, le bonnet, la grande barbe en coton et les bottes. Au milieu de ces pères Noël nous découvrons des personnages « de Noël » : petits flocons de neige (bottes blanches, tutu, et décolleté généreux), des petits daims (Dancer et Pranzer sont souvent choisi par une partie de la population, car ils sont supposés être « gay ») complets avec les sabots, les cornes, les colliers (incrustés de faux diamants). Il y a enfin des sapins (en habits de polyuréthane vert, semé de LEDs clignotantes), les pingouins (aucune idées d’où ils viennent ceux-là, mais sous la tulle transparente, les version mâles et femelles ne sont pas difficile à identifier). Vous l’avez compris, il s’agit d’une version « adulte » de Noël. Ce qui fait de cette fête une fête unique est que SantaCon (c’est le nom de ce rassemblement) est spontané, utilise activement twitter et FaceBook, et rassemble des milliers de jeunes (et aussi quelques moins jeunes)  de toutes origines, de toutes les races et classes sociales. Tous sont unis (malheureusement) par un objectif commun, le « bar hoping », qui consiste à fréquenter le plus grand nombre possible de bars avant la tombée de la nuit, et/ou tomber sur le trottoir dans un sommeil éthylique.

Sur le square qui marque le centre du « Financial Quarter » la foule devient plus dense. La place est déjà bien pleine.

 La foule continue de grossir, venant des rues avoisinantes et du Bart. Les premières bouteilles de bière (cachées selon la loi américaine dans des sacs de papier bruns) apparaissent. La foule n’est pas menaçante. Elle est jeune et joyeuse et attend que les bars ouvrent (vers 16 heures). De nombreux « Santas » ont des jouets qui seront déposés dans de grandes boîtes et donnés aux enfants des pompiers de la ville. Union Square commence déjà à déborder dans les rues avoisinantes. De là la foule remontera vers California Street, ou descendra vers l’Embarcadero (au bord de la baie).

SantaCon a commencé à San Francisco en 1994 avec une poignée de pères Noëls. Le rassemblement est maintenant devenu mondial et se déroule dans 300 villes et 44 pays. Le plus grand SantaCon en 2012 était celui de New York qui a rassemblé 30,000 personnes. 

A partir de là, l’histoire devient un peu moins racontables. Sur Polk Street (le coin des bars en bas de Nob Hill), la foule fait la queue en face de chaque entrée de bar, et certains Père Noëls commencent à avoir du vent dans les voiles, les petits flocons de neige sont de plus en plus déshabillés, et les daims gambadent sans retenue ! Il est temps pour nous de rentrer à la maison…

 

De San Francisco

John Forge

Photos : John Forge