par John Forge | Jan 22, 2026 | News
Nous avons rencontré Edward Lu il y a deux semaines lors de la conférence « Russian Innovation Week » à San Jose, au cœur de la Silicon Valley. Il est (entre autres) le chairman de la Fondation B612 … oui, B612, l’astéroïde sur lequel Antoine de Saint-Exupéry a fait vivre le petit prince de son livre.
Non, le Docteur Lu ne dessine pas de mouton… mais il est très occupé : « Chief of Innovative Applications » à Liquid Robotics, ancien astronaute de la NASA, il est le seul homme au monde à avoir piloté à la fois la Navette Spatiale et le vaisseau spatial Soyouz. Il a également fait partie de la première équipe à vivre six mois dans la Station Spatiale Internationale. Il a par ailleurs dirigé les projets Street View et Maps/Earth de Google, le système d’acquisition de documents et des « recherches » sur l’énergie (il n’en dira pas plus) pour le même groupe. Il conseille aussi de nombreuses jeunes entreprises dans la Silicon Valley. Entre ses conférences à travers le monde et ses conseils d’administration, il a trouvé le temps d’écrire un livre sur son expérience dans la Station spatiale et (surtout) de lancer un projet extraordinaire : la Fondation B612.
La mission de la Fondation B612 est claire : « défendre la Terre contre les astéroïdes ». Ces astéroïdes peuvent être dangereux : en 1908, l’astéroïde explosant au-dessus de Toungouska ne faisait que 40 mètres de diamètre pour une explosion de l’ordre de mille fois celle d’Hiroshima. Celui qui a anéanti les dinosaures et presque toute vie sur Terre faisait 12 km de diamètre ; un astéroïde d’un kilomètre de diamètre tombant près de la côte Atlantique des Etats-Unis pourrait détruire tous les villes entre Boston et Philadelphie, incluant Washington, et créerait un gigantesque tsunami de 30 mètres de haut !
La NASA a aujourd’hui répertorié 90 % des astéroïdes de plus de 1 kilomètre de diamètre. Nous savons qu’il y a plus d’un million d’astéroïdes de plus de 40 mètres de diamètre. Nous savons aussi que nous n’en connaissons que moins de 1 % ! Edward Lu parle de « jouer La Terre à la roulette ».
La mission de B612 comporte deux phases : détecter et calculer les trajectoires des 99% des astéroïdes que nous ignorons. Cela permettra de déterminer quelques années à l’avance ceux qui sont les plus dangereux. La deuxième phase consiste à envoyer un vaisseau spatial pour gentiment pousser l’astéroïde et lui changer sa trajectoire (quelques millimètres au départ suffiront !).
Il y a quelques petits problèmes cependant : les astéroïdes sont noirs. Ils ne sont pas visibles de nuit par télescope, et ils sont difficiles à détecter de jour du fait de leur petite taille. La seule façon de les voir est de les détecter grâce à leur signature infrarouge, mais cela demande des appareils refroidis en permanence et très précisément contrôlés. Peu de sociétés dans le monde connaissent ces technologies.
En Juillet 2012 (jour anniversaire de l’impact de l’astéroïde de Toungouska) la Fondation B612 a annoncé le début la mission Sentinelle : détecter, traquer le million d’astéroïdes qui ont le potentiel de détruire une grande ville avec un seul impact. La fondation s’est associée avec Ball Aerospace (le constructeur des télescope spatiaux Hubble, Spitzer et Kepler) pour lancer un télescope spatial avec caméra infrarouge. Le but est de développer les programmes nécessaires pour transformer en temps réel les observations en cordonnées spatiales absolues, calculer l’influence de la masse du Soleil, de la Terres et des autres planètes, ajouter la pression de la lumière, le « vent spatial », les anomalies connues faisant varier la gravité, les tempêtes solaires, le tout avec une Terre filant à plus de 100 000 km/h !
Et pour finir en beauté, la fondation a calculé le coût de l’opération : un demi-milliard de dollars. Même pas le prix d’une bretelle d’autoroute ! C’est pourquoi la fondation B612 a décidé de rechercher un financement privé, passant par des fondations, des individus fortunés, et même des dons individuels ! « Si vous pouviez sauvez le monde, le feriez-vous ? »
par John Forge | Jan 22, 2026 | Innovation
Nous avons vu précédemment comment une nouvelle économie était en train de naître en Californie, associant des personnes privées, de larges bases de données, des techniques de traitement de données en temps réel, des réseaux sociaux et des liaisons mobiles. Les résultats sont étonnants, après seulement quelques années (ou même mois) d’existence. L’économie digitale partagée est maintenant une réalité. Mais si la bataille technologique est largement gagnée, il reste encore un obstacle de taille : la bataille juridique ne fait que commencer.

Nos lecteurs connaissent les noms des nouvelles sociétés de transport collectif (comme Lyft, Uber, Sidecar, Zimride) ou les sociétés de services collectifs (comme Instacart ou Postmates), ou encore les « hôtels à la maison » comme AirBnb. Il n’a pas fallu très longtemps pour que la réaction des « disrupted » se manifeste.
En ce qui concerne les sociétés de transport collectifs, cela a commencé par une pression des chauffeurs de taxis contre les « collectifs », en particulier les chauffeurs de Lyft (facilement reconnaissables à leur grosse moustache rose qui orne leurs voitures). Sous la pression des taxis, le 9 juin dernier, l’administrateur du Los Angeles Department of Transportation a envoyé aux sociétés de trajet partagé (« ride sharing ») une lettre les sommant d’arrêter leurs activités (« cease and desist ») sous peine d’amende, mise à la fourrière de leur voiture pour 30 jours et même peines de prison pour les conducteurs. La semaine suivante, une manifestation de plus de 200 taxis appuyait la demande en manifestant devant l’hôtel de ville de Los Angeles. Pendant quelques semaines, le mouvement s’est même étendu à New York et Austin.
Bien entendu, les sociétés émergentes ne sont pas resté inoccupées : travaillant directement de San Francisco avec la Public Utility Commission (PUC) qui gère les sociétés de taxis, UberX et Lyft ont obtenu un jugement très favorable pour les sociétés de transport partagé. Il y a des conditions : 1) la société doit avoir une assurance d’au moins un million de dollar pour chaque accident, 2) les chauffeurs doivent avoir une assurance personnelle, 3) les conducteurs doivent suivre un programme et obtenir un permis de conduire spécial, et 4) les conducteurs seront soumis à une vérification de leur dossier criminel.
Fin de l’aventure ? Certainement pas : dans les dernières semaines, les sociétés de taxis et de limousines ont annoncé la création d’un fond pour engager de nouvelles batailles légales. Simultanément, différentes villes demandent que les particuliers louant des chambres dans leur appartement ou leur maison paient les taxes hôtelières. Les villes de San Francisco, New York et Austin demandent que des lois interdisent les locations de moins de 30 jours. L’avocat général de la ville de New York, Eric Schneiderman, va plus loin : il a envoyé une injonction à Airbnb demandant la liste de ses participants pour vérifier que chaque loueur a bien déclaré les sommes perçues via ces locations.
L’innovation est à la mode. Les technologies qui bouleversent notre mode de vie attirent les meilleurs cerveaux et les fonds d’investisseurs, mais seuls survivront les sociétés qui auront aussi les millions de dollars nécessaires pour assurer leur défense.
par John Forge | Jan 22, 2026 | Innovation
Le site choisi par Facebook est un énorme building de 78.000 m2 au milieu du Park Technologique Aurorum, dans la cité de Luela (Suède).
Luela est une petite ville de 75.000 personnes qui a vu naître John W. Nordstrom (oui, les magasins), Maud Adams (The man with the Golden Gun, Rollerblade, Octopussy, A View to a Kill), Lars Petrus (champion de Rubik’s cube) et divers orchestres de rock-punk-grunge qui n’ont rien à envier à ceux de Seattle.
Lulea est à environ 100 km au sud du cercle polaire arctique. Il y fait froid : la température moyenne est de 2 degrés Celsius (330F) et elle atteint son plus bas en hiver, durant une nuit polaire de six mois, en descendant à -41 degrés Celsius (-41.8oF). C’est précisément ce froid qui fait l’intérêt de Lulea. Plus besoin d’air conditionné, il suffit d’ouvrir les fenêtres !
Deuxième raison : de l’électricité propre à gogo. Le barrage sur la Lulea peut produire deux fois plus d’électricité que le Hoover Dam. C’est important parce que les spécialistes estiment que le site consommera autant que 16.000 maisons individuelles, ou 50.000 personnes.
Troisième raison : une grille électrique stable et le meilleur réseau de fibres optiques en Europe. Facebook, qui a maintenant plus d’utilisateurs en dehors des USA , a passé un contrat pour 8.000 kilomètres de fibres optiques pour un raccordement sans faille.
Enfin il y a une université (Lulea University of Technology) qui regroupe 19.000 étudiants et un support actif de grandes sociétés industrielles telles que Volvo, Erickson, SKF. De plus l’Université a de nombreux programmes doctoraux et des départements de pointe : technologies minières, nanotechnologie et matériaux nouveaux, et bien sûr « média sociaux » !
Il s’agit bien d’un choix stratégique majeur et global. C’est le site le plus performant du monde et il abrite une technologie très avancée.
Facebook reçoit de ses 1.150 milliard d’utilisateurs plus de 250 milliards de photos par jour, traite 475 milliards d’ « objets » et envoie 10 milliards de messages représentant 250 petabytes (250.000 terabytes). La quantité totale de données stockées serait de l’ordre de quelques zettabytes (10 puissance 21). Encore plus impressionnant le bâtiment permettrait de stocker quelques Yottabytes (24 zéros), ce qui approche la taille présente du fameux site « secret » de la NSA dans l’Utah !
Enfin, pour terminer ce tour d’horizon, sachons que pour gérer cette énorme masse de données et garder un temps de réponse acceptables (affichage instantané pour les milliards d’utilisateurs sur leurs Smartphones) Facebook a développé des technologies très en pointe, dont elle n’a pas hésité (pour certaines) à publier les plans. L’architecture « Open Compute » inclue des technologies telles que Silicon Photonics (Intel), Groupe Hub (Facebook) pour offrir une nouvelle architecture minimale d’unité centrale, Dragon Stone (Facebook) pour un serveur de bases de données à faible consommation, et Winterfell (Facebook) permettant de mettre plus de serveurs sur un même rack.
Des projets d’une incroyable complexité, regroupant des équipes de surdoués à travers le monde, des équipements de taille gigantesque qui doivent fonctionner en permanence et sans la moindre erreur : bienvenue dans le monde du Yottabyte ! Qui, de l’Europe, des USA, ou de la Chine, dominera les flux d’information, décidera sans doute de la forme de société dans laquelle nous vivrons le 21ème siècle !
par John Forge | Jan 22, 2026 | Innovation
Quand la déConstruction va, tout va !
En combinant Web 2.0, Cloud Computing, téléphones mobiles, bases de données réparties, et analyse de données, les jeunes pousses de la Vallée déconstruisent nos modes de vie en imaginant de nouvelles connexions. Vive la différance (oui, avec un « a ») dirait Jacques Derrida !
Expliquons : dernière-née de ces tendances sociales est l’intégration des « FoodTrucks » dans la vie des employés de « La Baie » (qui regroupe San Francisco, la Silicon Valley, la East Bay et Marin County). Chaque « FoodTruck » est dirigé par un chef (parfois aussi chef d’un grand restaurant), et offre sa spécialité gastronomique : salades aux avocats, moussaka, spaghettis alla carbonara, sushi, thai curry, etc. Il y a souvent un des camions de « Crème Brulée ». Les grandes sociétés (comme Google, ou Twitter), les centres de bureaux, et les même les administrations les invitent et leurs réservent des emplacements. Les employés, eux, sont ravis : aller voir les camions, n’est plus simplement se nourrir, c’est La Fête !
Une foule diverse se presse devant les camions et chacun se construit un repas en flânant de camion en camion. On y parle toutes les langues, on échange des idées de repas, on goûte entre copains, tout en gazouillant ou en prenant des photos et vidéos, immédiatement postées sur Vines ou YouTube. Le paiement se fait par RFID, Paypal, ou via Square.
Mais c’est ce qui ne se voit pas le plus important : une telle expérience spontanée demande des camions construits sur mesure et des sociétés pour les vendre ou les louer, une nouvelle génération de chefs, des organisations auxquelles souscrivent les camions pour réserver les emplacements, des développeurs pour les sites et les « Apps », des sociétés de marketing digital pour financer ces efforts, et bien sur des systèmes mobiles de paiement. Le tout fait sans plan initial, sans loi spécifique, juste par une coopération spontanée entre des milliers de partenaires qui veillent à ce qu’un système ouvert, facile à utiliser existe et puisse se développer !
Mais la déconstruction ne s’arrête pas là : quand considère t-on qu’un hôtel ou un taxi, ou même une banque, restent-ils trop « 20ème siècle » ? Restez à l’écoute !
par John Forge | Jan 22, 2026 | Innovation
La réponse à cette question est facile : il s’agit d’une voiture appartenant au réseau Lyft. Expliquons :
L’aventure a commencé lorsque Logan Green (alors étudiant à l’Université de Santa Barbara) a eu l’idée de partager les coûts de ses trajets à Los Angeles lorsqu’il voulait rencontrer sa petite amie alors étudiante à UCLA. A l’époque (2007) le meilleur système était Craiglist… mais ce système avait une importante restriction : on n’y voit qu’un nom et parfois un numéro de téléphone. Vous ne savez pas à qui vous avez affaire.
Le ciel s’éclaircit soudain lorsque Logan découvrit Facebook. Facebook donne accès à des informations personnelles telles que : âge, photo, adresse, goûts (musicaux en particulier), amis, etc. La seconde révélation fut lorsque Logan découvrit (via Facebook) que John Zimmer faisait la même chose à New York. Après une série de messages (via Facebook), l’idée d’un nouveau service se fit plus claire : ainsi naquit Zimride. Zimride fut créée grâce à un investissement de (FaceBook bien sûr) 250 000 dollars. Après avoir reçu près de 7 millions de dollars, la société, qui entre temps avait créé un service grand public (Lyft), se trouva prête à vendre Zimride à Enterprise Holdings et se concentrer sur Lyft.
Lyft elle-même reçoit 23 millions de dollars début 2013 et 60 millions de dollars en mai. Lyft a aujourd’hui 350 000 utilisateurs et organise 30 000 trajets partagés par semaine.
La sécurité est garantie par les nouvelles technologies utilisées (nous y reviendrons). L’ «expérience» est nouvelle: vous ne payez pas seulement pour une place , mais aussi pour l’opportunité de faire de nouveaux amis (après tout, vous les avez choisi en regardant leurs profils). Dès le premier contact, vous savez que vous ne louez pas un taxi : il y a d’abord l’application qui montre la position de la voiture sur votre smartphone, puis la voiture avec la moustache rose (il s’agissait initialement d’un sourire… d’où la couleur rose), le bonjour (un « fist bump »). Le premier passager est invité à monter à côté du conducteur. Finalement la note d’évaluation est elle-même quasi publique (conducteurs et passagers sont donc aussi jugés sur les notes écrites).
Lyft n’est pas la seule bien sûr. Il y en a d’autres (voir l’encart). Mais la création et le succès de cette société sont exemplaires de la nouvelle génération de services inventés par la Silicon Valley. Nous en étudierons la « mécanique cachée » dans nos prochains articles.
Les différents services de « transport social » :
Location de voiture : Zip Car (location à la minute, vendue pour 500 millions de dollars à Avis en 2012 City Car Share (dont l’objectif est de « retirer »20,000 voitures de la circulation en 2020), drive-now (société qui loue uniquement des BMW).
Location d’une voiture privée : JustShareit (« empruntez la voiture de votre voisin »), RelayRides (qui loue votre voiture pendant que vous voyagez en échange d’un lavage et d’un parking gratuit. Egalement utile lorsque vous débarquez dans un aéroport pour vous rendre en ville).
Trajet partagé : Zimride (dans 350 universités), Lyft, eRideShare, ShareYourRide, RideTester(implanté à NewYork), CarpoolWorld International).
Dispatcher pour conducteurs professionnels : Uber (limousines), Sidecar (cliquez sur votre smartphone au lieu de héler un taxi), Flywheel (pour sociétés de taxis). Ces trois sociétés sont accessibles via smartphone et fonctionnent et remplacentles traditionnelles radios.
Les 2 roues partagés : La société qui fait du Zipcar pour des scooters – Scoot.