B612 : son adresse est celle du Petit Prince…et il veut sauver le monde !

Nous avons rencontré Edward Lu il y a deux semaines lors de la conférence « Russian Innovation Week »  à San Jose, au cœur de la Silicon Valley. Il est (entre autres) le chairman de la Fondation B612 … oui, B612, l’astéroïde sur lequel Antoine de Saint-Exupéry a fait vivre le petit prince de son livre.

Non, le Docteur Lu ne dessine pas de mouton… mais il est très occupé : « Chief of Innovative Applications » à Liquid Robotics, ancien astronaute de la NASA, il est le seul homme au monde à avoir piloté à la fois la Navette Spatiale et le vaisseau spatial Soyouz. Il a également fait partie de la première équipe à vivre six mois dans la Station Spatiale Internationale. Il a par ailleurs dirigé les projets Street View et Maps/Earth de Google, le système d’acquisition de documents et des « recherches » sur l’énergie (il n’en dira pas plus) pour le même groupe. Il conseille aussi de nombreuses jeunes entreprises dans la Silicon Valley. Entre ses conférences à travers le monde et ses conseils d’administration, il a trouvé le temps d’écrire un livre sur son expérience dans la Station spatiale et (surtout) de lancer un projet extraordinaire : la Fondation B612.

La mission de la Fondation B612 est claire : « défendre la Terre contre les astéroïdes ». Ces astéroïdes  peuvent être dangereux : en 1908, l’astéroïde explosant au-dessus de Toungouska ne faisait que 40 mètres de diamètre pour une explosion de l’ordre de mille fois celle d’Hiroshima. Celui qui a anéanti les dinosaures et presque toute vie sur Terre faisait 12 km de diamètre ; un astéroïde d’un kilomètre de diamètre tombant près de la côte Atlantique des Etats-Unis pourrait détruire tous les villes entre Boston et Philadelphie, incluant Washington, et créerait un gigantesque tsunami de 30 mètres de haut !

La NASA a aujourd’hui répertorié 90 % des astéroïdes de plus de 1 kilomètre de diamètre. Nous savons qu’il y a plus d’un million d’astéroïdes de plus de 40 mètres de diamètre. Nous savons aussi que nous n’en connaissons que moins de 1 % ! Edward Lu parle de « jouer La Terre à la roulette ».

La mission de B612 comporte deux phases : détecter et calculer les trajectoires des 99% des astéroïdes que nous ignorons. Cela permettra de déterminer quelques années à l’avance ceux qui sont les plus dangereux. La deuxième phase consiste à envoyer un vaisseau spatial pour gentiment pousser l’astéroïde et lui changer sa trajectoire (quelques millimètres au départ suffiront !).

Il y a quelques petits problèmes cependant : les astéroïdes sont noirs. Ils ne sont pas visibles de nuit par télescope, et ils sont difficiles à détecter de jour du fait de leur petite taille. La seule façon de les voir est de les détecter grâce à leur signature infrarouge, mais cela demande des appareils refroidis en permanence et très précisément contrôlés. Peu de sociétés dans le monde connaissent ces technologies.

En Juillet 2012 (jour anniversaire de l’impact de l’astéroïde de Toungouska) la Fondation B612 a annoncé le début la mission Sentinelle : détecter, traquer le million d’astéroïdes qui ont le potentiel de détruire une grande ville avec un seul impact. La fondation s’est associée avec Ball Aerospace (le constructeur des télescope spatiaux Hubble, Spitzer et Kepler) pour lancer un télescope spatial avec caméra infrarouge. Le but est de développer les programmes nécessaires pour transformer en temps réel les observations en cordonnées spatiales absolues, calculer l’influence de la masse du Soleil, de la Terres et des autres planètes, ajouter la pression de la lumière, le « vent spatial », les anomalies connues faisant varier la gravité, les tempêtes solaires,  le tout avec une Terre filant à plus de 100 000 km/h !

Et pour finir en beauté, la fondation a calculé le coût de l’opération : un demi-milliard de dollars. Même pas le prix d’une bretelle d’autoroute ! C’est pourquoi la fondation B612 a décidé de rechercher un financement privé, passant par des fondations, des individus fortunés, et même des dons individuels ! « Si vous pouviez sauvez le monde, le feriez-vous ? »

 

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