Prix de la personnalité E-communicante décerné à Dominique Piotet

Prix de la personnalité E-communicante décerné à Dominique Piotet

Communiquer, c’est une histoire de message, de ton, de relation qui s’établie entre un émetteur et un destinataire. Il faut tout calibrer parfaitement, sinon la machine se grippe, et c’est le flop. Dans l’univers du digital, le rythme est encore plus rapide, le message et ses supports visuels doivent se faire encore plus percutants.

La communication digitale est en elle-même terrain d’innovation, et l’homme qui symbolise ces E-novations, c’est Dominique Piotet, à qui vient d’être remis le prix de la personnalité E-communicante décerné par Communication et Entreprise, la plus importante association des métiers de la communication corporate en France.

Copyright: Richard Bord / Getty Images

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Petite bio

Dominique Piotet a plus de 15 ans d’expérience en stratégie de l’innovation pour les grandes organisations. Après avoir fait éclore la révolution Internet dans les groups La Poste et Paribas, il a posé son MacBook dans la Silicon Valley pour créer Rebellion Lab, une agence agile de conseil en stratégie numérique. Dominique et son équipe suivent de près les battements de cœur du plus grand écosystème d’innovation technologique, et aident leurs clients à élaborer les stratégies les plus affûtées de présence en ligne.

La cérémonie de remise des prix, la 27ème du nom, a eu lieu le jeudi 21 novembre 2013 au Cirque d’Hiver Bouglione à Paris devant plus de 1200 participants.

Pour consulter l’ensemble du palmarès, c’est par ici

Pour voir la cérémonie à travers les Google Glass de Dominique Piotet, c’est par là

Les perks de la Silicon Valley – #1 Les corporate shuttles

« Perk » signifie littéralement « avantage en nature », « à-côté », « privilège ». Difficile de retenir notre engouement et notre curiosité face aux perks que les Google, Apple and co. offrent à leurs employés : restaurants gourmets gratuits par-ci, vélos colorés mis à disposition sans-antivol par-là, ou encore terrains de beach-volley pour se détendre et profiter du soleil de la Silicon Valley entre midi et deux.

Nous entamons une série de vignettes dédiées à l’analyse de ces avantages en nature, et à la façon dont ils impactent le visage socio-économique de la baie.

Ces bus qui transforment le visage de la Silicon Valley

Première vignette : les shuttle bus, ces navettes mises en place par les géants de la Vallée, qui permettent aux employés de se rendre gratuitement entre leur lieu de vie (San Francisco) et leur lieu de travail (le Sud de la Baie).

Pour être au cœur du cool, de nombreux employés de la région choisissent d’habiter à San Francisco plutôt que dans le Sud de la baie. Près de 35 000 employés font chaque jour le trajet le long des autoroutes 101 et 280, et profitent du confort d’un « transport de masse » tout en douceur, avec une place assise garantie, le wifi, et l’assurance d’économiser une somme considérable qui n’est pas dépensée en essence, entretien de la voiture ou billet de Caltrain (qui permet aux San Franciscains de rejoindre le Sud de la Valley).

 

Une démarche altruiste ? Pourquoi les entreprises mettent-elles en place ces navettes

Qu’est-ce qui, du point de vue des entreprises, motive les dépenses considérables nécessaires à la mise en place des navettes ? La première réponse est la construction d’une image « green » et « sustainable », deux mots-clés très à la mode ici. Google explique par exemple que les véhicules utilisés roulent au biodiesel, et permettent ainsi d’éviter l’équivalent de ce que 4 000 voitures produiraient en CO2 par an. ­­­

Une deuxième raison, pragmatique mais un peu moins reluisante pour les entreprises, est que les parkings arrivent à saturation sur les campus qui s’étendent moins vite que le nombre d’employés. Le modèle « une place de parking par employé » n’est pas viable.

Il faut par ailleurs déployer des trésors d’ingéniosité pour séduire et fidéliser de nouvelles recrues de plus en plus volatiles, qui préfèreront signer avec l’entreprise qui leur propose le trajet maison-boulot le plus agréable.

 

Dis-moi où tu prends ta navette, je te dirai qui tu es

Même les petits en expansion mettent en place leurs navettes. Box, jeune entreprise de stockage de documents qui emploie 900 Boxers à Los Altos, a mis en place sa navette en janvier 2013. Un seul bus passe deux fois, matin et soir, dans San Francisco. La première navette part à 6h30 de La Marina, dans le Nord de la ville. Le quartier, plutôt propre et trendy, plaît surtout aux Boxers du service vente et marketing qui ont besoin de commencer la journée au plus tôt pour être en phase avec leurs homologues sur d’autres fuseaux horaires. Pour son deuxième passage, le bus emprunte un trajet différent et démarre à 9 heures dans SOMA, le quartier adjacent au centre-ville,  qui a la préférence des programmeurs. Un Boxer qui emprunte la navette quotidiennement nous décrit l’atmosphère à bord : « beaucoup travaillent, font leur emails ou codent ; certains lisent, et peu jouent sur le téléphone ou finissent leur nuit. C’est majoritairement très productif. Des discussions sur l’industrie, sur un nouvel article ou un nouveau changement dans la boîte se lancent assez souvent. C’est un bon moyen de socialiser ».

Eric Rodenbeck et ses collègues de Stamen ont construit la carte la plus aboutie des trajets effectués par les navettes. Si vous envisagez un investissement immobilier dans la région, celle-ci pourra vous être très utile : plusieurs agents immobiliers ont en effet remarqué que les prix des logements s’envolent s’ils sont situés à proximité d’un arrêt de navette.

Navettes et gentrification des quartiers de San Francisco

Dans l’ère pré-navettes, seuls les quartiers situés aux alentours du Caltrain avaient vu le prix du mètre carré atteindre des sommets. La mise en place des navettes a favorisé la gentrification d’autres quartiers, notamment celui de Mission, et ce remplacement des habitants des quartiers pauvres par des nouveaux-venus à fort pouvoir d’achat est source de tensions sociales importantes. Puisque les employés, qui gagnent en moyenne 100 000 dollars par an, peuvent maintenant se payer le luxe d’habiter dans les quartiers sympathiques et vivants de San Francisco plutôt que dans les lotissements luxueux mais sans âme du Sud de la Vallée, et bien c’est ce qu’ils font, en masse, avec pour conséquences pêle-mêle : explosion des prix de l’immobilier dans les quartiers concernés, augmentation des ressources fiscales pour la ville, renouveau des service proposés, disparition des lieux communautaires traditionnels.

Les mécontents

Ils sont nombreux et imaginatifs, comme en témoigne cette série de tracts qui a fleuri dans les rues du quartier de Mission pendant le boom des dot.com au tournant des années 2000.

On assiste à des bastonnades de piñatas à l’effigie des Google bus lors de « fêtes de quartier anti-gentrification » dans Mission.

Cliquer ici pour une étude plus spécifique des évictions dans le quartier de Mission, on pourra lire l’essai San Francisco’s Hidden Housing History, de James Tracy.

 

Suburbia vs. Hipsteria

La mise en place du système de navettes favorise l’inversion du schéma classique des grandes villes américaines selon lequel les travailleurs habitent en banlieue (suburbia), viennent travailler en centre ville jusqu’à 18 heures, et repartent rapidement vers leur pavillon résidentiel avec garage intégré – une dynamique qui laisse les touristes européens arpenter les rues désertes et pleine de courant d’air à la recherche d’un « restau sympa » entre les gratte-ciel.

A San Francisco, c’est l’inverse. Les quartiers urbains s’animent le soir aux sons chauds des taquerias, des restaurants et bars « concept » qui sentent bon le neuf, et des messes mexicaines dont la musique enjouée déborde sur les trottoirs. Ce mélange éclectique est de plus en plus le royaume des trentenaires aux pantalons serrés (pour mieux chevaucher leur fixie chéri, vélo à pignon fixe dont ils ne tiennent le guidon que d’une main, l’autre étant en train d’envoyer un SMS). Les techies font vivre à leur manière San Francisco, a.k.a. hipsteria, avant de s’échapper au petit matin vers les banlieues homogènes pour écrire des lignes de code qui rendront notre vie technologique toujours plus belle.

 

Conclusion : les passagers clandestins

On le voit, la mise en place des navettes produit du bon (impact pro-environnemental, maximisation du bien-être des employés, développement de nouveaux quartiers) et du moins bon (expulsion des habitants les plus pauvres hors de la ville, perte de la mixité sociale qui est pourtant l’une des forces de SF).

La coexistence entre un système de transport public accessible à tous et les navettes des compagnies privées pose plus largement la question du « passager clandestin » (free-rider). Ce concept, qui sera familier aux économistes, fait référence à une personne qui obtient un avantage sans avoir contribué à la mise en place de la structure qui lui fournit cet avantage. L’exemple classique est celui du passager de métro qui a sauté les barrières plutôt que de payer son titre de transport pour arriver à destination.

Les navettes privées sont-elles les « freeriders » des infrastructures publiques de San Francisco ? Oui, si l’on considère l’utilisation qu’elles font des emplacements d’arrêts de bus publics, l’encombrement des voies de bus municipales aux heures de pointes, et l’impossibilité pour la ville de réguler les trajets des navettes afin de faire respecter la tranquillité des résidents face aux bus surdimensionnés qui dévalent les petites routes pentues de la ville.

Il serait cependant contre-productif de condamner sans réfléchir ces initiatives privées qui ont réussi à mettre en place un système efficace de transportation de masse. Pour conclure cet article sur un point d’optimisme, on pourrait très bien voir se dessiner des formes de coopérations mutuellement bénéfiques, comme la contribution financière de la part des entreprises pour l’utilisation par leurs navettes des infrastructures publiques, un meilleur contrôle des loyers, la mise en place par les agences publiques d’un nombre plus important de voies d’autoroute réservées aux bus et véhicules hybrides pendant les heures de pointes. The sky is the limit ! Et nous on y va en bus.

Ariane Zambiras

L’IPO de Twitter, c’est parti !

L’IPO de Twitter, c’est parti !

Twitter vient de soumettre son dossier d’introduction en bourse à la Securities and Exchange Commission.

La question qui se pose pour les investisseurs potentiels est la capacité du réseau à monétiser ses services. Twitter anticipe, et a annoncé le rachat il y a quelques jours de MoPub, qui génère des contenus publicitaires sur les mobiles.

La plateforme de micro-blogging, lancée en 2006 par Jack Dorsey and Biz Stone, compte aujourd’hui plus de 500 millions d’utilisateurs (pour mettre en perspective, Facebook en compte plus d’un milliard). Twitter Inc. a son siège à San Francisco. C’est l’un des 10 sites Internet les plus visités mondialement, en priorité par des usagers un peu plus âgés que la moyenne des réseaux sociaux, en raison de la popularité initiale de Twitter dans le milieu du business.

C’est aussi un réseau fortement hiérarchisé, avec une distribution polarisée entre les « leaders d’opinion » d’un côté, qui sont suivis plutôt que suiveurs, et les autres. Seulement 5% des utilisateurs génèrent 75% des posts.

Un peu moins reluisant pour le service d’échange de gazouillis : seulement 40% de ses utilisateurs continuent à utiliser le service au-delà d’un mois.

Le classement des comptes les plus suivis [source : http://twitaholic.com/  consulté le 7 septembre 2013] :

1-      Justin Bieber (44.1 million de suiveurs dans le monde)

2-      Katy Perry (42.2m)

3-      Lady Gaga (40.0m)

4-      Barack Obama (36.2)

5-      Taylor Swift (33.6m)

6-      YouTube (33.1m)

7-      Britney Spears (31.6m)

8-      Rihanna (31.5m)

9-      Instagram (26.0m)

Les Makers, ou la généralisation du plaisir de créer

 

Il n’y a que quelques mots gravés au dos des tablettes luminescentes que nous tenons entre nos mains: « Designed by Apple in California. Assembled in China ». Quelques mots qui nous mettent face au constat de la dislocation entre espaces de création (Cupertino et ses banlieues), de production (la Chine) et de consommation (Appleland). Mais de nouveaux acteurs viennent perturber les schémas établis. Ils rendent accessibles aux profanes les outils professionnels du design et de la production pour le plus grand plaisir de tous.

Qui sont les Makers ?

Les Makers sont des bidouilleurs, créateurs d’objets électroniques, de bidules robotiques, développeurs de l’impression en 3D et ils méritent toute notre attention dans un climat où délocalisation et automatisation éloignent toujours plus loin les chaînes de production. Si la pratique du bricolage est bien ancienne (on aurait envie de parler du plus vieux métier du monde si l’expression n’était pas déjà prise), sa présence croissante dans l’imaginaire collectif et les pratiques quotidiennes commence à se faire remarquer. 

Ces bricoleurs/euses ordinaires s’approprient les objets et les détournent de leurs usages attendus. Le terme « objets » est à entendre ici dans une acception très large : petit écran tactile installé à la place du vieil auto-radio dans la voiture pour naviguer dans la ville, construction d’un arbre à chat ou d’un jardin à papillons sur mesure, automatisation du système d’arrosage, avion téléguidé, clavier laser projeté sur une plaque de plexiglas pour pouvoir prendre des notes sur les meilleures idées qui nous viennent toujours quand on est sous la douche.

Le terme de « Hacker » est aussi employé pour désigner ces bricoleurs, mais beaucoup souhaitent s’en éloigner en raison de la connotation négative associée à ceux qui sont perçus comme des pirates de l’Internet.A quoi jouent-ils ?

Les Makers possèdent des compétences transformationnelles : ils savent coder, coudre, souder, démonter, réassembler, percer, polir, jouer. Comme on pourrait s’y attendre, les hommes sont surreprésentés dans la population, ainsi que ceux dont la profession se rattache à l’univers technologique (programmeurs, ingénieurs). Tous ont envie d’ajouter une dimension ludique, créative et souvent artistique à leur vie quotidienne. La communauté ainsi formée se retrouve pour s’entraider dans des aventures qui visent à l’amélioration, dans un sens pratique et esthétique, de notre espace vital collectif.

L’élaboration d’une communauté de savoir-faire

La dimension collective est au cœur du mouvement. En effet, les Makers expliquent tout de suite dans les entretiens que les savoirs et savoir-faire mobilisés dans le cadre des projets sont élaborés de manière collective, et qu’ils ont vocation à être accessibles par le plus grand nombre. Ce souci de la mise en commun est visible dans l’élaboration des documentations très fournies pour les projets open-source, caractéristiques des logiciels libres par exemple, où l’ensemble de la communauté participe à la rédaction de la documentation sur le modèle « wiki » qui permet une forme d’écriture collective.

L’articulation de la contribution individuelle à la communauté

Il y a des règles de courtoisie assez strictes qui aident à l’articulation de la contribution individuelle au projet collectif : le concepteur original du projet, qu’il s’agisse d’un logiciel (software) ou matériel (hardware), doit toujours être mentionné. Chaque personne qui apporte une modification au produit original doit expliquer précisément la nature de sa contribution : son travail est ainsi identifié comme un apport individuel mis à disposition de tous. Il est aussi interdit de modifier le type de licence caractéristique de l’objet : un objet « libre » restera libre, et ne pourra pas se retrouver « fermé ». Il reste propriété de la communauté.

L’émergence d’un mouvement Maker, dont la force collective dépasse la somme des petits bricolages qui le composent, a été facilitée grâce aux lieux qui font exister ces communautés. Ces lieux sont à la fois virtuels et réels. Du côté des lieux virtuels, on trouve les forums de discussion Internet, les « wiki », c’est-à-dire ces plateformes d’écriture collective qui facilitent la rédaction des documentations pour l’utilisation de logiciels ou la conception de matériels. Les lieux physiques où se retrouvent les Makers sont les « hackerspaces », des locaux ouverts où sont mis à disposition du public toute sorte d’outils pour la conception d’objets : imprimantes 3D, fraiseuses de précision, découpeuses laser, perceuses à colonne etc.

[Pour plus d’information sur les hackerspaces, on pourra se reporter au podcast réalisé par Colas Zibaut pour Silicon-Valley.fr].

Que fait-on dans un hackerspace ?

Quelques exemples: vous pouvez vous asseoir sur une chaise pivotante devant une petite extension qui ressemble à une tête d’aspirateur, mais qui est en réalité un scanner en trois dimensions. L’image en relief est transmise au logiciel qui donne ensuite les instructions à l’imprimante pour la production de votre portrait façon buste romain.

[Pour plus de détails sur la magie de l’impression en 3D, on pourra se reporter à l’ouvrage de la spécialiste sur la question : Mathilde Berchon].

Les perceuses haute précision sont utiles aux bijoutiers, aux dentistes, aux menuisiers. Certains viennent programmer des petits ordinateurs Raspberry Pi, qui font la taille de deux cartes de crédit, et y installer l’interface de navigation Navit pour se fabriquer un petit GPS sur mesure. D’autres travaillent les tissus, et impriment des T-shirts individualisés etc.

Depuis 2006, les Makers ont leurs propres foires d’exposition, les Maker Faires, grands terrains de jeux et de démonstrations où se retrouvent les passionnés de l’esprit « DIY » (Do It Yourself, i.e. « à faire soi-même »). La première Maker Faire a eu lieu dans la Silicon Valley à San Mateo en 2006, et depuis, elles fleurissent un peu partout à la surface du globe, et réunissent plusieurs milliers de passionnés. Les activités de bidouillage coexistent avec les réflexions collectives et politiques, comme par exemple la réforme des méthodes d’apprentissage à l’école, les manières de rendre l’aide humanitaire plus efficace ou encore les moyens de créer de nouvelles formes d’énergie.

Et le business dans tout ça ?

Quand passion de l’innovation coexiste avec création de valeur, venture capitalists, business angels et business plans ne sont pas loin.  Si c’est l’esprit désintéressé du partage et de la contribution à la communauté qui motive le gros des troupes makeuses, certains projets se développent jusqu’à l’ambition de la réussite commerciale.

Le crowdsourcing (externalisation de la production à la foule) est l’engrais parfait pour cette expansion. Que ce soit pour l’obtention des premiers financements, avec les plateformes de crowdfunding comme Kickstarter, ou pour le développement des idées en commun (peer production, open source, user-generated content), les nouvelles interfaces du web permettent la collaboration efficace d’individus éparpillés et la mise en place de projets à vocation commerciale.

L’entreprise Makerbot est un exemple de commercialisation réussie. L’entreprise vend des kits au grand public pour que chacun puisse construire sa propre imprimante 3D, de la même façon qu’on monte une étagère Billy achetée chez Ikea. Les projets sont open-source à la base, c’est-à-dire que toutes les instructions pour l’assemblage, les matériaux à choisir, la mise en fonctionnement sont disponibles gratuitement. L’entreprise Makerbot vous facilite simplement la tâche en rassemblant dans un même paquet tout ce dont vous aurez besoin. Les imprimantes continuent à s’améliorer grâce à « l’alchimie des multitudes » d’utilisateurs qui contribuent aux mises à jour. Pour aider à la commercialisation des kits, la firme de capitaux-risqueurs The Foundry Group a investi dix millions de dollars dans le projet en 2011.

[J’emprunte la notion d’« alchimie des multitudes » à Dominique Piotet, dans l’ouvrage co-écrit avec Francis Pisani, Comment le web change le monde, Pearson, 2011].

L’hybridation du profit et de l’opensource

La cohabitation entre projets opensource, qui s’améliorent grâce à une multitude de contributions désintéressées, et recherche du profit provoque parfois des tensions, comme quand Makerbot a annoncé en 2012 que l’entreprise ne rendrait pas public les informations nécessaires pour la construction du modèle d’imprimante « Replicator 2 ».

Néanmoins, cet espace de collaboration entre opensource et commercialisation est un moteur d’innovation qui mérite toute notre attention, nous invite à réfléchir à la notion de propriété intellectuelle « ouverte », à renouveler nos modèles économiques et à mieux considérer le rôle du web participatif dans la constitution d’un savoir collectif.

En mettant à la disposition de tous les outils nécessaires à l’élaboration de prototypes, les hackerspaces contribuent à la déconcentration et la démocratisation des processus de conception et d’innovation, qui ne sont plus réservés aux « professionnels ».

[Pour prolonger ces réflexions, on pourra se reporter aux chapitres 6 et 7 de l’ouvrage Comment le web change le monde cité plus haut].

Multiplication des lieux de production

Ce changement dans le processus de conception, de plus en plus délocalisé et éparpillé, est soutenu par la démocratisation des chaines de production. Les usines chinoises acceptent de plus en plus les commandes individuelles et customisées pour ceux qui souhaitent commercialiser leur prototype. Cet élargissement de l’accès à la production se passe aussi plus près de nous. L’atelier de production TechShop, qui met à disposition du public des outils de production de qualité industrielle, envisage de se développer sur le modèle de Kinko’s, et d’ouvrir de nombreux ateliers de production accessibles au grand public.

Pour conclure

Tous les foyers n’ont pas encore d’imprimante 3D qui traine dans un coin du salon. Cependant, les mécanismes qui ont donné naissance à la culture Makers sont pour nous tous l’occasion d’approfondir notre réflexion sur les points suivants :

– Les modalités de l’externalisation de la production à la foule ;

– La généralisation du plaisir de créer ;

– Les innovations apportées en opérant un retour à l’objet et au monde – pied-de-nez à ceux qui critiquent les fuyards des mondes virtuels ;

– Le renouvellement des modes d’apprentissage et de diffusion des savoir-faire.

Remerciements

Cet article a bénéficié des avis éclairés d’une multitude de gens brillants, cités par ordre alphabétique :

  • Nicolas Bassand pour sa relecture méticuleuse;
  • Mathilde Berchon pour un long entretien;
  • Elodie et Pierre Grandin, heureux créateurs de l’arbre à chats et contributeurs au projet Navit
  • Dominique Piotet pour l’inspiration du sujet;
  • David R. pour son accueil chaleureux au Ace Monster Toys, le hackerspace d’Emeryville.

 

Ariane Zambiras

http://arianezambiras.com/