L’identité unique de la Silicon Valley : un point de vue belge en quatre points

L’identité unique de la Silicon Valley : un point de vue belge en quatre points

Silicon Valley : cette fameuse péninsule de la Californie qui foisonne de startups…et où l’on retrouve presque autant de légendes que d’entreprises. Sous les étoiles de la Valley, les entrepreneurs ne comptent pas les moutons pour s’endormir : ils comptent les millions de dollars qu’ils espèrent pour leur levée de fonds afin de rester éveillés.

Mais quoi de mieux que de se rendre sur le terrain pour comprendre le fonctionnement – et la réussite – de cette région ? C’est la question à laquelle ont répondu la France et la Belgique au début du mois de juin à travers deux délégations officielles. Du côté français, c’est Fleur Pellerin, la ministre de l’économie numérique, qui a fait le déplacement dans la Silicon Valley pour 4 jours intensifs. Presque sous forme de relais, la ministre française quitte la région le jour où la Mission Economique belge, présidée par le Prince Philippe de Belgique, arrive dans la Valley avec un emploi du temps rempli pour 3 jours de visite. Deux délégations officielles de la francophonie en même temps chez nous ? Silicon-Valley.fr n’a pas manqué l’occasion d’aller à leur rencontre. Après avoir interviewé Fleur Pellerin, nous nous sommes rendus auprès des entrepreneurs belges qui avaient fait le déplacement dans la baie de San Francisco. Analyse des facteurs explicatifs de l’identité unique de la Silicon Valley en quatre points.

 

1) Marketing : l’expérience avant tout

Lors de sa Grand-Messe annuelle qui s’est récemment tenue à San Francisco, Apple a révélé son nouveau manifeste de design. A travers une vidéo au ton poétique accompagnée d’une affiche, la firme de Cupertino entend rappeler de manière forte sa spécialité et sa différenciation, ayant fait d’elle un cas d’école : l’amélioration de l’expérience utilisateur. Vidéo ou affiche, on retrouve le coeur du message véhiculé dans les phrases suivantes : This is what matters. The experience of a product. How it makes someone feel. Will it make life better ? Does this deserve to exist ?. Cet exemple d’Apple permet d’illustrer une réalité de la Silicon Valley, bien ressentie par l’un de nos entrepreneurs belges :

Dans les entreprises que nous avons rencontrées dans la Silicon Valley, on s’est bien rendu compte que tout le message marketing est centré sur l’expérience. Pour les produits ou services développés, les entreprises veulent toujours mettre l’accent sur la question du « life improvement » : elle cherchent à montrer aux utilisateurs en quoi le produit ou le service va pouvoir transformer leur vie d’une certaine manière. Mais tout cet aspect marketing est mal perçu en Europe car c’est vu comme quelque chose de superficiel. 

– Alexis Serneels, co-fondateur de Doodle, agence web –

En effet, si les marché ultra-compétitifs obligent de manière générale les entreprises à jouer à tout prix la carte de la différenciation dans leur valeur de proposition, celles de la Silicon Valley se concentrent sur l’expérience utilisateur que fournissent leurs produits et services au travers des problèmes qu’ils résolvent. Lors du dernier Startup Weekend de la Silicon Valley auquel nous avons participé à Palo Alto du 7 au 9 juin, les juges n’ont eu de cesse de rappeler l’importance de cette différenciation : « en quoi votre produit/service est-il différent pour résoudre de manière effective le problème utilisateur auquel vous vous attaquez? » demandaient-ils de manière systématique aux équipes candidates lors des présentations finales. Steve Blank, l’un des gourous de la Silicon Valley, a également montré que la compréhension du problème utilisateur à résoudre fait partie de la « découverte du client » et constitue la première étape essentielle du développement d’un produit ou d’un service pour une entreprise : Blank a construit sa théorie à travers le Customer Development Model (CDM), développé pour la première fois dans l’ouvrage The Four Steps to the Epiphany  et réutilisé notamment comme méthode de travail lors des Startup Weekends.

 

2) Financement : et le capital fut

Nous sommes des entrepreneurs belges de la scène technologique, web et mobile, et les problèmes de financement des projets d’entreprise sont au cœur de nos questions. Ce voyage nous permet de mieux comprendre les mécanismes de financement des startups de la Silicon Valley. 

– Nicolas Frenay, Vice-Président de Web Mission, délégation d’entrepreneurs belges  –

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une analyse du Martin Prosperity Institute effectuée à partir des données de la National Venture Capital Association et des PwC MoneyTree reports montre que, sur l’année 2012, les deux zones métropolitaines de la Bay Area, à savoir San Francisco-Oakland et San Jose-Sunnyvale, sont les zones américaines les plus actives en termes de capital-risque, totalisant 10,8 milliards de dollars investis sur l’année. En d’autres termes, la région a attiré 40% du montant total des investissements en capital-risque aux Etats-Unis en 2012, et 30% du nombre de contrats de financement signés. Vous avez dit domination ?

L’hégémonie du modèle de financement de la Silicon Valley s’explique par la proximité entre capital-risqueurs et entrepreneurs. Cette proximité est d’abord géographique. Parmi les entreprises américaines de capital-risque les plus puissantes, la plupart sont en effet basées dans la Silicon Valley : KPCB, Andreessen Horowitz, New Enterprise Associates, 500 Startups, True Ventures, ou encore US Venture Partners. Dans son dernier rapport annuel, la National Venture Capital Association montre que 49% des investissements en Californie sont effectués par des entreprises californiennes de capital-risque. De plus, ces entreprises californiennes de capital-risque concentrent 71% de leurs investissements au sein de l’Etat.

La proximité entre capital-risqueurs et entrepreneurs est surtout relationnelle : les capital-risqueurs choisissent avec attention les entrepreneurs pour lesquelles ils décident d’investir et une relation de mentoring va se développer. Les investisseurs conseilleront leurs poulains sur les bonnes décisions et les bonnes directions à prendre pour développer la startup en question et bien sûr obtenir eux-même un retour sur investissement intéressant. Pour cette relation étroite de « guide à élève », les rendez-vous en face à face seront clairement privilégiés par rapport aux communications à distance. Encore une fois, les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour l’année 2010, toujours selon la National Venture Capital Association, l’industrie du capital-risque a investi 3945 dollars par personne vivant dans la Silicon Valley contre seulement 43 dollars par personne à l’échelle des Etats-Unis, soit un ratio d’environ 92 contre 1.

 

3) Culture : mon entrepreneur, ce héros

La Silicon Valley n’est pas un lieu mais un état d’esprit. La citation désormais devenue célèbre – et attribuée à John Doerr de chez KPCB – rappelle en effet que la Silicon Valley, c’est avant tout la culture de l’entrepreneuriat. La région démontre ici sa marque de fabrique, loin des visions qui peuvent être ressenties de l’autre côté de l’océan Atlantique :

En Belgique comme en France, on n’aime pas les entrepreneurs. Lorsque l’on quitte la grande entreprise dans laquelle on travaille pour monter sa propre affaire, on est mal vu : on devient le méchant patron qui créé de l’argent. Aux Etats-Unis et dans la Silicon Valley, on est complètement à l’opposé : l’entrepreneur, c’est celui qui créé de la valeur. 

– Sabrina Bulteau, CEO et co-fondatrice de Be Connect, agence de marketing social et mobile  –

Dans la Silicon Valley, on a vu que les entrepreneurs sont très optimistes. Les porteurs de projets savent qu’il faut un peu rêver pour avancer, et au final, 100% des gagnants ont joué, alors pourquoi ne pas tenter sa chance ? En anglais, on dit d’ailleurs « I take a chance », alors qu’on dira « je « prends un risque » en français, ce qui montre que l’on retrouve les différences de mentalité même dans le langage. De plus, contrairement à l’Europe où l’échec est considéré comme une fin, il est considéré ici comme une vraie leçon qui permet de rebondir et de continuer à avancer.  

– Frédéric Feytons, CTO de Tapptic, agence de conception d’applications mobile –

Une très faible aversité au risque, une facilité d’adaptation, une volonté de collaboration et de partage d’idées, une acceptation de l’échec et enfin un optimiste à toute épreuve: voilà quels sont les éléments-clés qui façonnent le caractère des entrepreneurs de la Silicon Valley. Pour comprendre l’état d’esprit qui règne dans la Valley, il ne faut donc pas se tourner uniquement du côté des entreprises, mais également beaucoup du côté des esprits et des coeurs des Hommes qui font cette région : ici, on est convaincu que le progrès de la société s’effectue à travers l’innovation et la technologie, et l’entrepreneur est bel est bien celui qui porte ces flambeaux. Dans la Silicon Valley, l’entrepreneur est donc une icône de société, tout autant que va l’être l’acteur à Los Angeles ou le financier à New York. Quand on est catholique, on va au Vatican et quand on est entrepreneur, on va dans la Silicon Valley avait même lancé récemment Philippe Kahn, le serial-entrepreneur français installé depuis une trentaine d’années dans la Valley et connu notamment pour être l’inventeur de la première solution mondiale d’appareil photo pour téléphone.

 

4) Au-delà de la légende, quelle est vraiment « the secret sauce of Silicon Valley » ?

A travers ce voyage, on se rend compte qu’on est finalement bien en Europe. Tout le monde parle des « success stories » comme Facebook ou Twitter bien sûr, mais on oublie toutes les entreprises de la Silicon Valley qui n’ont pas réussi à percer. Nos échanges avec les acteurs d’ici nous ont permis aussi de voir qu’une création d’entreprise dans un environnement aussi compétitif que celui-ci va impliquer des efforts de temps et des efforts financiers très conséquents de la part de l’entrepreneur : en ce qui me concerne, je ne veux pas dormir dans mon bureau ou vivre à trois dans une chambre.

– Ibrahim Ouassari, Fondateur et CEO de Urbantech, conseil en technologies de l’information –

Dans le livre Secrets of Silicon Valley sorti cette année, Deborah Perry Piscione rappelle que le premier ordinateur avait été créé à l’Université de Pennsylvanie et que le premier semi-conducteur avait été inventé à Bell Labs dans le New Jersey, mais qu’aucune de ces deux technologies n’avait été commercialisé là-bas : c’est arrivé dans la Silicon Valley. Le secret de cette région dynamique, c’est bien cela : être un écosystème de rencontre entre les idées et leur réalisation. La Silicon Valley est un bassin qui fait jaillir les idées innovantes et qui permet de les exécuter et commercialiser sur le marché. Comme on l’a vu dans la deuxième partie, les financements sont disponibles. Les talents le sont aussi, pour ainsi dire à portée de main : dans un rayon de moins de 50 kilomètres autour de San Francisco, on retrouve deux des meilleures universités du monde avec les renommées Stanford et Berkeley.

Certes la Silicon Valley offre des opportunités incomparables pour développer un projet d’entreprise. Mais il ne faut pas confondre opportunité et facilité. En d’autres termes, ne pas être victime du « biais du survivant », comme expliqué par Rolf Dobelli dans son livre The art of thinking clearly : dans la vie quotidienne, le succès est rendu beaucoup plus visible que l’échec, ce qui fait que nous possédons une tendance à systématiquement surestimer nos chances de réussir. Derrière un succès populaire, se cachent des centaines de personnes qui n’ont pas réussies : cela concerne par exemple les auteurs, les photographes, les acteurs, les chanteurs, les athlètes, les présentateurs…et bien sûr les entrepreneurs. Ainsi, si les entrepreneurs sont dans la Silicon Valley comme des poissons dans l’eau, beaucoup ont bu la tasse et il ne faut pas l’oublier : quand les projets d’entreprises s’écroulent en même temps que les rêves, l’addition peut être très salée.

Tout autant que le rêve américain, celui de la Silicon Valley a vécu et l’image d’une région où l’on peut débarquer avec une simple idée et générer des millions du jour au lendemain est erronée. Encore une fois, la vraie valeur d’un produit ou d’un service innovant ne réside pas dans l’idée même mais la combinaison entre cette excellente idée et sa bonne exécution sur le marché. Comme l’a rappelé le fondateur de l’incubateur The Founder Institute dans un article que nous avions présenté sur notre groupe LinkedIn, les meilleures idées ne sont pas nées, elles sont cultivées. Et force est de constater que tous les entrepreneurs ne sont pas des bons jardiniers.

Certains lieux de la Silicon Valley aident à mieux saisir la notion d’écosystème, à l’instar de Rocket Space à San Francisco : à la fois espace commun de travail (plus communément appelé coworking space) et incubateur, Rocket Space permet de réunir d’une part un grand nombre de startups au même endroit mais également de faire le lien entre les startups incubés et les capital-risqueurs ou bien les grandes entreprises intéressées par les technologies développées par les jeunes génies. C’est cette particularité qui a plu à certains entrepreneurs belges en visite :

On voit cette région comme une « cuisine » par laquelle il faut passer dans la construction de sa recette business. La Silicon Valley permet un enchaînement dans le processus de mise sur le marché : on développe son produit ou son service, on attire ensuite les capitaux pour soutenir sa croissance ou bien on se fait racheter par des grosses entreprises, c’est comme ça que ça marche. 

– Luc Vandergoten, Directeur à BTR services, services IT pour les banques et assurances –

 

Conclusion : ça s’en va…et ça revient ? 

A travers une petite réflexion sur les méthodes de marketing et de financement de la Silicon Valley, ainsi que sur sa culture particulière, on comprend mieux les grands traits qui forment l’identité de ce lieu, tout en faisant attention de ne pas tomber dans le stéréotype d’une région bénie. Après avoir eux aussi été au contact de ces grands thèmes lors de leur voyage, nos amis entrepreneurs belges sont repartis avec l’avion de la Mission Economique en direction de l’Europe. Reviendront-ils ? La question reste ouverte. Certains nous ont en effet confessé qu’ils se verraient bien déménager ici pour (re)démarrer l’aventure entrepreneuriale Made in Silicon Valley dans quelques années ou bien lorsqu’ils auraient une idée d’entreprise vraiment intéressante.

Parmi les habitants du Plat Pays, certains étaient déjà venus et n’ont finalement jamais fait le chemin en sens inverse. C’est le cas de Chandra de Keyser, qui a co-fondé il y a de cela quelques mois MoodMe, une application mobile de communication émotionnelle, et qui nous permet de conclure avec une citation percutante: C’est ici que ça se passe, le monde entier consomme des technologies Made in Silicon Valley.

Au moins, vous saurez vers quelle partie du monde diriger vos jumelles quand il s’agira de surveiller la sortie de votre prochain téléphone préféré.

 

—————————

Pour aller plus loin :

1 –  Steven Gary Blank, The Four Steps to the Epiphany: Successful Strategies for Products that Win, Cafepress.com, 2nd edition, 2005.

2 – Deborah Perry Piscione, Secrets of Silicon Valley: what everyone else can learn from the innovation capital of the world, Palgrave Macmillan, 1st edition, 2013.

3 – Rolf Dobelli, The art of thinking clearly, Harper, 1st edition, 2013.

Localisation et vie privée : gare au check-in compulsif


Se localiser depuis son téléphone mobile, c’est banal, surtout dans la Vallée, mais quid des conséquences en matière de protection de la vie privée? Deux Universités font le point pour nous.

Il est devenu commun d’utiliser la puce GPS qui se trouve à l’intérieur de son téléphone pour se localiser. Les usages sont multiples: pouvoir déterminer l’endroit où vous vous trouvez pour annoncer le prochain bus disponible à San Francisco par exemple, mais aussi trouver le restaurant le plus proche, votre chemin via un guidage vocal et vos amis, où qu’ils soient sur la planète. En permettant à un smartphone Android de vous suivre à la trace via Latitude, où que vous alliez, vous pouvez obtenir de Google des statistiques très précises indiquant le temps passé au boulot, dans la voiture ou à la maison. Vous avez dit… intrusif?

Vous êtes suivis à la trace

Une étude universitaire vient d’être publiée dans Scientific Reports le 25 mars dernier. Le sujet est ultra-sensible, puisqu’il touche à des données personnelles. Cette étude a été menée par le MIT aux Etats-Unis et l’UCL en Belgique. Les données d’environ 1,5 million d’utilisateurs anonymes ont été analysées durant 15 mois. Sur la base des données collectées, les chercheurs ont pu identifier à peu près 50% des utilisateurs. « Identifier » signifie qu’on peut mettre un nom et un prénom sur des donnnés.

Et la controverse ne fait que commencer. Depuis des années, les opérateurs mobiles ont la capacité d’identifier l’antenne sur laquelle votre téléphone mobile est connecté. Ces données sont d’ailleurs utilisées par les forces de l’ordre – c’est logique – lorsqu’elles cherchent un suspect. Mais au-delà de l’antenne, la puce GPS donne désormais des données beaucoup plus précises, à quelques mètres près.

Depuis avril 2011, on sait qu’Apple et Google stockent les données de localisation régulièrement. Plusieurs fois par heure, un appareil Android envoie des informations à Google. Pareil pour Apple, Nokia, BlackBerry, Microsoft… Pour couper le robinet, la solution revient à désactiver les services de localisation. Mais cela n’empêche pas d’autres applications de transmettre votre localisation, avec votre autorisation, au cas par cas. Songez au nombre d’applis à partir desquelles vous pouvez définir le lieu précis où vous vous trouvez: Twitter, Instagram, Foursquare, Facebook, Yelp, Find my Friends, Badoo, Grindr, Google Maps. La liste est longue.

Aux Etats-Unis, on prend l’affaire très au sérieux

Un projet de loi vient d’être été déposé. S’il est adopté, il faudra désormais disposer d’un mandat avant de pouvoir obtenir des données de localisation auprès des éditeurs d’application et des opérateurs. Dans un monde d’infobésité où l’on accepte sans réfléchir des conditions générales sans les avoir lues, des voix s’élèvent. Il y a quelques mois, dans le Monde, un Professeur de l’Université de Namur (Belgique), Antoinette Rouvroy a mis en lumière une capacité absolument effrayante dont disposent désormais des compagnies privées, celle de pouvoir  « gouverner les individus sans être des gouvernements ».  Elle plaide pour que le flux d’informations collectées soit « interrompu pour pouvoir être analysé, évalué et contesté. »

Adapté d’une chronique radio pour la RTBF (Belgique)

 

Vous pensiez regarder la télé moins qu’avant?

Dans la Vallée, les écrans ne manquent pas, du BART au fitness en passant par le salon. Et ils ne se font pas forcément la guerre. Ils seraient même plutôt complémentaires. 

Basée à San Francisco, la société Flurry publiait en décembre 2012 une étude sur le temps passé avec les applications mobiles. Plus de deux heures, en vérité, 127 minutes, soit une augmentation de 35% par rapport à l’année précédente. Pour Flurry, les terminaux mobiles viennent désormais grignoter du temps passé devant le téléviseur familial, mais pas forcément du temps passé devant des programmes télévisés.

La télévision, nouvelle définition

La BBC vient de publier une passionnante étude sur la consommation d’information à l’heure du numérique menée par Insites auprès de 3.600 personnes dans 9 pays, dont la France et les Etats-Unis – une aubaine pour nous, permettant de constater que le phénomène n’est pas l’apanage de la Baie. Pré-requis pour y participer: disposer d’au-moins trois écrans (ordinateur, téléviseur, tablette, smartphone).

Sans surprise, les  jeunes actifs entre 25 et 34 ans sont les plus gros utilisateurs de tablettes en complément de la télévision. Regarde-t-on, lorsqu’on possède ces multiples écrans, plus ou moins de télévision? Affirmatif! 43% de plus qu’il y a 5 ans.  Ce qu’il est convenu d’appeler le second écran entre petit à petit dans le quotidien. On utilise une tablette pendant qu’on regarde la télévision. Ca aussi, c’est nouveau. 83% des utilisateurs de tablettes ont déjà regardé des programmes télévisés via ce support. Pour l’instant, le bon vieux téléviseur du salon domine. On passerait 42% de notre temps devant la télé, contre 29% devant son ordinateur, 18% sur son smartphone et à un petit 10% pour la tablette.

Quel type d’information consulte-t-on? L’info internationale fait quasi jeu égal avec l’info locale aux yeux des téléspectateurs: 84% contre 79%. 61% pour l’économie et la finance, 56% pour le sport, 43% pour le divertissement et la culture.

Plus d’écrans, pas de bataille

Selon la BBC, à chaque moment de la journée correspond un écran. Aux alentours de 13h, on privilégie les smartphones et les ordinateurs portables. A partir de 17h, la télé de salon reprend ses droits. Une fois 19h, le poste de télé dépasse de 50% tous les autres concurrents potentiels. A chaque moment, mais aussi à chaque « occasion » son terminal. Le téléviseur reste à 42% le premier moyen d’information en cas d’événement – ce que l’on appelle dans le jargon des « breaking news » -. 66% des sondés vont ensuite chercher des suppléments d’information sur Internet: ordinateur portable ou tablette.

Podcast #4 – Immersion dans un hackerspace

« Nous devons tout ça aux hippies », lançait John Markoff dans son livre What the Dormouse Said: How the 60s Counterculture Shaped the Personal Computer Industry, en parlant de nombreux outils digitaux tels que les ordinateurs personnels. Pourtant aujourd’hui contre-culture et Silicon Valley sont devenus des oxymores.

Qu’est devenu l’héritage des pionniers de l’Internet, où est passée la créativité candide des débuts ?

 

Hors des sentiers traditionnels de la Silicon Valley qui vit au rythme des rachats de startups à coup de millions de dollar, nous sommes allés enquêter sur une autre Silicon Valley. Celle qui grandit sous la lumière des néons des hackerspaces.

Immersion dans un bastion avancé de l’Internet libre et ouvert, et des usages (réellement) nouveaux des nouvelles technologies.

Lien pour la lecture améliorée au format Itunes (clique droit – sauvegarder)

Firefox veut réveiller la Vallée (et le monde)

Firefox veut réveiller la Vallée (et le monde)

En pleine affaire « AppGratis versus les censeurs d’Apple », Mozilla révise la grammaire du web, même mobile. Firefox, libérateur d’une Silicon Valley retombée amoureuse du grand méchant Compuserve?

Début avril, le projet Mozilla célébrait un anniversaire, celui des 15 ans de la livraison du code-source de Netscape  – ancienne gloire déchue des navigateurs Internet -. Une communauté allait donner naissance à Mozilla 1.0 quatre années plus tard. A l’époque, neuf ordinateurs sur dix dans le monde utilisaient Internet Explorer.

En 2003, la Fondation Mozilla est créée, organisme sans but lucratif. Son projet le plus connu et emblématique, Firefox 1.0, sera publié en 2004. En moins de douze mois, le butineur sera téléchargé plus de 100 millions de fois. En 2008, il représente déjà 20% du « marché ».

 

« Not every venture is about capital »*: c’est sous cette bannière que la Fondation Mozilla se démarque aujourd’hui, plus que jamais, de ses contemporains dans la Silicon Valley. Peu le savent, mais le quartier général de la Fondation est situé à Mountain View, à quelques « blocks » de celui de Google. D’autres bureaux ont été ouverts, non loin de là, à San Francisco, sur Harrison Street, à deux pas du Bay Bridge.
De l’autre côté de l’Atlantique, son pendant européen, incarné par l’infatigable Tristan Nitot, disposera désormais de bureaux bien plus spacieux et prestigieux. Son siège est situé à l’Hôtel de Mercy-Argenteau, comme le rapportaient en images le 4 avril nos confrères du Journal du Net.

Et le recrutement ne faiblit pas: « Nous avons plusieurs dizaines de recrutements en cours, notamment pour l’équipe de développement de Firefox OS », confiait alors au Journal du Net le Président et Fondateur de Mozilla Europe.

Le mobile, son prochain « chapitre »

Ce 11 avril, des changements ont été opérés auprès de l’équipe de direction. Gary Kovacs se retire du poste de CEO (qu’il occupait depuis 2010) et sera remplacé dans le courant de l’année (la recherche active est en cours urbi et orbi). Objectif? la mobilité!

Outre le navigateur de bureau (celui que vous utilisez sur n’importe quel ordinateur Windows, Mac OSX ou Linux), Mozilla a développé Firefox pour Android (sur smartphone et sur tablette), puis a lancé début 2013 les fondations de FirefoxOS, un système d’exploitation 100% web/HTML5, destiné non pas à concurrencer de manière frontale les ténors du secteur (Android, iOS, Windows Phone et BlackBerry 10), mais à offrir une alternative aux systèmes et app stores actuels en plaçant l' »Internet libre » au coeur des technologies mobiles.

Destiné dans un premier temps à l’entrée de gamme et aux marchés émergents, Firefox OS entend « abattre les murs entre les applications et le Web, car les applications Firefox OS sont conçues en utilisant les technologies Web, comme le HTML5 », comme le confiait au Mobile World Congress de Barcelone en début d’année Jay Sullivan, VP des produits Mozilla.

Pour mener à bien cette tâche stratégique, Li Gong est nommée, a-t-on appris ce 11 avril, « Senior Vice President des appareils mobiles ». Il sera en charge de l’avancement de Firefox OS. En plus de ses nouvelles attributions, cet asiatique conservera sa place de CEO des filiales en Chine et à Taiwan. Ce n’est pas un inconnu dans la Baie ; il a participé à la fondation et à l’investissement de nombreuses jeunes pousses en Chine et dans la Silicon Valley.

La défense d’un web ouvert

L’ère d’AOL, Compuserve et Infonie – éphémère succès en France et en Belgique aux débuts des modems 28.8k – avait été laminée par le navigateur web. Aujourd’hui, constate la Fondation, le web s’encapsule dans des applications bien souvent non interopérables d’un système mobile à l’autre. Une lutte dont FirefoxOS se veut le porte-étendard, mettant en avant la nécessité d’un Internet mobile libre, standardisé et décentralisé.

A ce combat, il faut ajouter une politique de diffusion des applications et des contenus de plus en plus opaque, doublée d’une pudibonderie toute américaine, que Mozilla entend également dénoncer.

Un exemple parmi d’autres de cette main de fer? L’entreprise française App Gratis distribuait jusqu’il y a peu sur iPhone et iPad des applications gratuites, en collaboration avec des éditeurs désireux de s’offrir un brin de promotion parmi les millions d’applis mobiles présentes sur l’App Store. Un trublion gênant pour le business model d’Apple, selon Simon Dawlat, interrogé le 11 avril par Stéphane Soumier sur BFM Business. Loin d’être une mésaventure isolée, l‘affaire est prise très au sérieux par les autorités françaises et a pris une tournure politique (Source: Le Figaro), avec l’intervention symbolique de Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, évoquant des problèmes de fond sur « la liberté de choix des consommateurs ». Elle plaide en faveur d’une autorité de régulation de ces app stores, sorte d’ONU des continents virtuels.

Autre conflit généré par la main de fer qu’Apple  exerce sur les contenus disponibles sur ses terminaux? L’obligation de procéder à la suppression/censure de près de 3.000 bandes dessinées d’Izneo (Source: 01Net), considérées comme « pornographiques ». Parmi elles, citons Largo Winch, XIII, Blake et Mortimer. Google et Amazon ne montrent guère plus d’enthousiasme à casser les codes des normes américaines en matière de culture et de divertissement.

En réponse à ce différend culturel et à la constante modification – unilatérale – des règle propres aux différents App Stores, Mozilla s’avance en « défenseur du Web » ouvert et libre, estimant que chaque développeur de site web est un développeur mobile en puissance. En février, Serge Mansilla écrivait sur son blog personnel un plaidoyer à la gloire de FirefoxOS, traduit en français par l’équipe du Framablog.

« En utilisant des technologies flexibles et populaires comme HTML5, CSS3 et javascript, Firefox OS a promu instantanément des millions de développeurs web et javascript en développeurs d’applications. Tout ce qu’ils ont à faire est de télécharger un module complémentaire de simulation gratuit (et ce n’est même pas nécessaire si votre application n’utilise pas les API des téléphones). Les développeurs connaissent déjà l’environnement du navigateur et ses outils, et il ne leur est pas nécessaire d’apprendre un nouveau langage ou une nouvelle architecture. »

Là où Chrome vous invite à introduire votre compte Google lors de la première utilisation du navigateur – sur mobile, tablette comme sur ordinateur -, Firefox vous rappelle vos droits. Une attitude constante  pour la Fondation, qui entend rester « à l’intersection du libre et des standards du Web ».

« On ne cherche pas à enfermer les gens, on n’est pas dans une logique de maximisation du profit, de revenus immédiats étant donné que nous sommes une association à but non lucratif », déclarait à ZDNet Tristan NITOT le 28 février. « Notre but, c’est faire du Web la plate-forme mobile par excellence et nous pensons que tout le monde va se rallier à cette vision.  »

* toute entreprise n’est pas forcément capitaliste